Albert Camus et Mohamed Dib : deux écrivains du cénacle en dialogue

Djamel Zenati

Référence(s) :

Arab, H. (2018). L’écriture du paysage dans Au Café de M. Dib et L’Exil et le royaume d’A. Camus. Thèse de doctorat en littérature française et comparée. Université Alger 2, Alger.

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Référence électronique

Djamel Zenati, « Albert Camus et Mohamed Dib : deux écrivains du cénacle en dialogue  », Aleph [En ligne], 10 | 2018, mis en ligne le 25 décembre 2018, consulté le 26 avril 2019. URL : https://aleph-alger2.edinum.org/1298

Le paysage constitue la notion fondamentale de l’étude que nous proposons de faire des deux recueils de nouvelles : L’Exil et le royaume d’Albert Camus et Au Café de Mohammed Dib.

La notion du paysage est considérée non seulement comme un espace topographique et géographique bien défini, mais aussi comme une image sur une réalité donnée qui ne peut être envisagée en dehors du positionnement de l’écriture face au réel, et donc comme support de subjectivité face aux différentes composantes du réel.

C’est précisément à partir de cette conception du paysage que nous analysons les nouvelles de Camus et de Dib. Non que son traitement soit identique chez ces deux écrivains, mais parce qu’il fait apparaître les mêmes marques et les mêmes références culturelles pour certains motifs : c’est le cas par exemple, de la perception qu’ils ont des lieux collectifs comme le café ou les lieux de rencontre. Ou encore leurs représentations respectives des espaces ouverts et illimités comme la mer et le désert, deux notions chères aux deux auteurs, qui sont souvent décrites dans leurs rapports à l’exil et à l’isolement. À ce propos, il s’agit pour nous de comprendre comment ils appréhendent ces paysages non pas comme de pures représentations et comme de simples présences, mais comme des phénomènes qui sont le produit, selon le mot de Michel Collot, « de la rencontre entre le monde et un point de vue."

Notre travail comporte deux parties. La première partie s’articule autour de deux axes principaux. D’abord, nous avons montré comment les paysages, d’un point de vue ontologique, déterminent les contradictions qui caractérisent les rapports des personnages principaux et leur entourage. La deuxième partie est consacrée à l’étude de la perception du paysage de l’horreur dans les nouvelles de Camus et de Dib.

The landscape constitutes the fundamental notion of the study that we propose of the two collections of short stories: L’Exile et le royaume of Albert Camus and Au Café of Mohammed Dib. The notion of landscape is considered not only as a well defined topographical and geographical space, but also as an image of a given reality that cannot be considered outside the positioning of the writing as opposed to reality, and therefore as a bearing of subjectivity in the face of the different components of reality. It is precisely from this conception of the landscape that we analyze the short stories of Camus and Dib. Not so much because it is dealt with in a similar way by these two writers, but because it reveals the same symbols and the same cultural references for some grounds: it is the case, for example, of the perception that they have of the collective places like cafés or meeting spaces. In addition, there are their respective representations of open and limitless spaces like the sea and the desert, two important notions for the two authors, which are often described in association with exile and isolation. In this regard, we are concerned with understanding the fact that they approach these landscapes not as pure representations or simple presences, but as phenomena that are the product, according to Michel Collot, « de la rencontre entre le monde et un point de vue. »
Our work includes two parts. The first part is structured around two main axes. First, we have shown how the landscapes, from an ontological perspective, determine the contradictions that characterize the relationships of the main characters and their entourage. The second part is devoted to the perception of the landscape of horror in the short stories of Camus and Dib.

ﯾﻌﺘﺒﺮ اﻟﻤﻨﻈﺮ اﻟﻄﺒﯿﻌﻲ اﻟﻔﻜﺮةَ اﻷﺳﺎﺳﯿﺔَ ﻟﻠﺪراﺳﺔ اﻟﺘﻲ ﻧﻘﺘﺮﺣﮭﺎ ﻋﻠﻰاﻟﻘﺼﺺ اﻟﻘﺼﯿﺮة " اﻟﻤﻨﻔﻰ و اﻟﻤﻤﻠﻜﺔ" ﻷﻟﺒﯿﺮ ﻛﺎﻣﻮ و "ﻓﻲ اﻟﻤﻘﮭﻰ" ﻟﻤﺤﻤﺪ دﯾﺐ ﻻ ﯾﻌﺘﺒﺮ ﻣﻔﮭﻮم اﻟﻤﻨﺎظﺮ اﻟﻄﺒﯿﻌﯿﺔ ﻣﺤﺾ ﻓﻀﺎء طﺒﻮﻏﺮاﻓﻲ و ﺟﻐﺮاﻓﻲ ﻣﺤﺪد ﺑﺸﻜﻞ ﺟﯿﺪ، وﻟﻜﻦ أﯾﻀﺎ ﻛﺼﻮرة ﻟﻮاﻗﻊ ﻣﺤﺪد دﯾﺐ ﻻ ﯾﻤﻜﻦ ﺗﺼﻮ ره ﺑﻌﯿﺪا ﻋﻦ اﻟﻜﺘﺎﺑﺔ ﻓﻲ ﻣﻮاﺟﮭﺔ اﻟﻮاﻗﻊ، و ﻋﻠﯿﮫ ﻛﻮﺳﯿﻠﺔ ﻟﺪﻋﻢ اﻟﺬات ﻟﻠﻮﺻﻮل إﻟﻰ ﺗﺠﻠﯿﺎت اﻟﻮاﻗﻊ اﻟﻤﺨﺘﻠﻔﺔ. و اﻧﻄﻼﻗﺎ ﻣﻦ ھﺬا اﻟﻤﻔﮭﻮم ﺑﺎﻟﺬات، ﯾﻘﻮم ﺗﺤﻠﯿﻠﻨﺎ ﻟﻠﻘﺼﺺ اﻟﻘﺼﯿﺮة ﻟـ "ﻛﺎﻣﻮ" و "دﯾﺐ " ﻟﯿﺲ ﻷن ﻣﻌﺎﻟﺠﺘﮭﺎ ﻣﺘﻄﺎﺑﻘﺔ ﻟﺪى اﻟﻤﺆﻟﻔﯿﻦ، وﻟﻜﻦ ﻷﻧﮭﺎ ﺗﻈﮭﺮ اﻟﻌﻼﻣﺎت ﻧﻔﺴﮭﺎ واﻟﻤﺮﺟﻌﯿﺎت.

ﻓﮭﻲ ﻋﻠﻰ ﺳﺒﯿﻞ اﻟﻤﺜﺎل، ﺗﺼﻮر أن ﻛﻼھﻤﺎ ﯾﻌﺘﻤﺪ ﻋﻠﻰ اﻟﻔﻀﺎءات اﻟﻌﻤﻮﻣﯿﺔ ﻣﺜﻞ : اﻟﺜﻘﺎﻓﯿﺔ ذاﺗﮭﺎ، ﻷﺳﺒﺎب ﻋﺪﯾﺪة اﻟﻤﻘﮭﻰ أو ﻓﻀﺎءات اﻻﺟﺘﻤﺎع واﻟﻠﻘﺎء. إﺿﺎﻓﺔ إﻟﻰ ﺗﻤﺜﯿﻠﮭﻤﺎ اﻟﺪﻗﯿﻖ ﻟﻸﻣﺎﻛﻦ اﻟﻤﻔﺘﻮﺣﺔ وﻏﯿﺮ اﻟﻤﺤﺪودة ﻣﺜﻞ اﻟﺒﺤﺮ واﻟﺼﺤﺮاء، ﻓﮭﻨﺎك ﻣﻔﮭﻮﻣﺎن ﻣﮭ ﻤﺎن ﻟﻜﻼ اﻟﻜﺎﺗﺒﯿﻦ، وﻛﺜﯿﺮاً ﻣﺎ ﯾﺘﻢ وﺻﻔﮭﻤﺎ ﻓﻲ ﻋﻼﻗﺎﺗﮭﻤﺎ ﺑﺎﻟﻨﻔﻲ واﻟﻌﺰﻟﺔ وھﻮ ﻣﺎ ﯾﺤﺘﻢ ﻋﻠﯿﻨﺎ ﻓﻲ ھﺬا اﻟﺴﯿﺎق، أن ﻧﻔﮭﻢ ﻛﯿﻒ ﯾﺤﺎط ﺑﮭﺬه اﻟﻤﻨﺎظﺮ ﻟﯿﺲ ﻋﻔﻮﯾﺎ و ﻻ ﻋ َﺮﺿﯿﺎ، ﺑﻞ ﻛﻈﻮاھﺮ ھﻲ اﻟﻤﻨﺘﺞ ﻟﻠﻌﻼﻗﺔ ﺑﺎﻟﻌﺎﻟﻢ ﻣﻦ وﺟﮭﺔ ﻧﻈﺮ اﻟﻜﺘﺎﺑﺔ، ﻋﻠﻰ ﺣﺪ ﻗﻮل ﻣﯿﺸﺎل ﻛﻮﻟﻮت، "ﻟﻘﺎء ﺑﯿﻦ اﻟﻌﺎﻟﻢ و وﺟﮭﺔ ﻧﻈﺮ" .

ﺟﺰﺋﯿﻦ : اﻟﺠﺰء اﻷول ﯾﺪور ﺣﻮل ﻣﺤﻮرﯾﻦ رﺋﯿﺴﯿﯿﻦ؛ أوﻻً : أظﮭﺮﻧﺎ ﻛﯿﻒ أن اﻟﻤﻨﺎظﺮ ﺑﺤﺜﻨﺎ ﻋﻠﻰ وﻗﺪ ﻗﺎم اﻟﻄﺒﯿﻌﯿﺔ ﺗﺤﺪد اﻟﺘﻨﺎﻗﻀﺎت اﻟﺘﻲ ﺗﻤﯿﺰ ﻋﻼﻗﺎت اﻟﺸﺨﺼﯿﺎت اﻟﺮﺋﯿﺴﯿﺔ و ﻣﺤﯿﻄﮭﺎ ﻣﻦ وﺟﮭﺔ ﻧﻈﺮ وﺟﻮدﯾﺔ .ﻓﯿﻤﺎ ﻛﺮﺳﻨﺎ اﻟﺠﺰء اﻟﺜﺎﻧﻲ ﻟﺪراﺳﺔ ﺗﺼﻮر ﻣﺸﮭﺪ اﻟﺮﻋﺐ ﻓﻲ اﻟﻘﺼﺺ اﻟﻘﺼﯿﺮة ﻟـ "ﻛﺎﻣﻮ" و "دﯾﺐ".

Hassan Arab. L’écriture du paysage dans Au café de M. Dib et LExil et le royaume d’A. Camus. Thèse de doctorat en littérature française et comparée, soutenue le jeudi 18 octobre 2018 devant l’université d’Alger 2 devant un jury composé de M. Mohammed Ismaïl Abdoun, professeur de littérature à l’université Alger 2 (Rapporteur), de Mme Assia Kacedali, professeur de littérature à l’université Alger 2 (présidente), de Mme Amina Bekkat, professeure de littérature à l’université Saad Dahlab – université de Blida (examinatrice), de Mme Afifa Brerhi, professeure de littérature à l’université Alger 2 (examinatrice), de Mme Souad Benali, professeure de littérature à l’université Alger 2 (examinatrice) et de Mme Lamia Oucherif, maître de conférences en littérature à l’ENS d’Alger.

La thèse de Hassan Arab porte sur la place du paysage, sa sémiotisation et sa structuration en topos littéraire dans deux recueils de nouvelles de deux écrivains majeurs des littératures d’Algérie, Mohamed Dib et Albert Camus.

Une lecture attentive des œuvres de ces deux écrivains du cénacle peut montrer leur attachement à des espaces et à des paysages qui les façonnent et les structurent.

Notre approche s’oriente d’emblée vers l’étude de certaines nouvelles de ces deux écrivains en fonction de l’espace représenté. Il s’agit de déterminer les rapports entre les paysages et les structures des nouvelles. Il nous est apparu que nous devions d’abord nous interroger sur le choix de cette forme brève – qu’est la nouvelle – par les deux écrivains, avant d’élargir notre recherche à l’espace en général et à son utilisation, c’est-à-dire à ce qui ancre des situations bien précises dans des réalités topographiques et matérielles voulues et choisies par Camus et Dib.

En traitant le paysage comme une notion au sens de Culioli, cette thèse montre un paysage à l’œuvre. Élu au rang de motif littéraire, il cesse d’être ce cadre spatial où campe le récit pour devenir un actant participant à la construction du sens dans l’économie globale des œuvres examinées.

Ainsi conçue, l’argument épistémologique qui fonde cette thèse conduit à considérer la littérature non pas comme une image de la réalité mais, en pastichant la formule de Leibniz consacrée au langage, « une image de l’entendement de cette réalité ». Elle est donc un reflet du positionnement de l’écriture qui intègre en son sein l’expression d’une subjectivité qui, surgie souvent à l’insu même des auteurs, révèle des sujets s’écrivant dans cet espace où toutes les rencontres deviennent possibles. De l’espace topographique à l’espace scriptural, l’étude du paysage dans cette thèse organise une confrontation à chaque fois singulière des deux écrivains aux composantes du réel pour faire apparaître les mêmes marques et les mêmes références culturelles dans la perception de l’un et de l’autre des « lieux communs » comme le café ou plus généralement les espaces de rencontre. « Ou encore leurs représentations respectives des espaces ouverts et illimités comme la mer et le désert », espaces ouverts configurant l’isolement de l’exil où l’un et l’autre font leurs expériences des limites.

S’étant rigoureusement appliqué à produire une réflexion sur le texte, l’auteur a évité de traiter le paysage comme une pure représentation. Il a, d’un bout à l’autre de sa thèse, cherché à comprendre, à l’image de Michel Collot, comment le paysage résulte de la rencontre toujours singulière entre le monde et un point de vue »

Articulée autour de deux parties équilibrées, cette thèse, en bonne méthode, pour répondre parfaitement à la problématique posée et cerner tous les thèmes qu’elle se doit de traiter, propose une progression considérant l’espace comme un alibi à la rencontre et à la découverte de soi et à l’expérience de l’horreur dans les nouvelles constituant le corpora de l’étude.

La dimension scientifique de ce travail s’appuie sur une méthodologie de recherche bien construite intégrée dans une perspective large qui

« envisager la littérature dans ses rapports avec l’espace. Non pas seulement ce qui serait la manière la plus facile, mais la moins pertinente, de considérer ces rapports parce que la littérature, entre autres “sujets” parle aussi de l’espace, décrit des lieux, des demeures, des paysages, nous transporte, comme le dit Proust à propos de ses lectures enfantines, en imagination dans des contrées inconnues11. »

Bien critique, cette thèse qui pose en son ouverture même l'existence d'un sujet lié à son histoire a le mérite d'ouvrir des pistes pour celui qui cherche à étudier globalement les rapports de la littérature à l'histoire car le paysage, s'il est un motif littéraire n'est jamais, en Algérie, dans les littératures qui la porte neutre face aux soubresauts de l'histoire.

1 Gérard Genette, Figure II, Paris, éd. du Seuil, 1969, p. 43.

1 Gérard Genette, Figure II, Paris, éd. du Seuil, 1969, p. 43.

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