Le mythe : une parole en héritage et une culture en partage

Krim Nawel

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Krim Nawel, « Le mythe : une parole en héritage et une culture en partage », Aleph [En ligne], 14 | 2020, mis en ligne le 23 octobre 2020, consulté le 24 novembre 2020. URL : https://aleph-alger2.edinum.org/2731

Les liens complexes entretenus entre les textes littéraires et les mythes suscitent l’intérêt des chercheurs, tant ils soulèvent des questions diverses et multidimensionnelles sur leur nature, leurs fonctions et fonctionnements, leurs aspects formels, leurs enjeux socioculturels, historiques, ethniques et anthropologiques.

Les exemples de grands textes depuis l’Antiquité ont été des modèles de manifestation de cette collision entre mythe et littérature ; collision, féconde dans la transmission réciproque de la puissance de l’un à l’autre. Le caractère fondateur et le questionnement existentiel de l’un rencontre l’esthétique et le formalisme de l’autre, dans des élans de création et d’innovation.

Ce processus de génération n’a cessé de se poursuivre, d’évoluer au gré des contextes (aires et périodes), sur la base de mythes anciens, renouvelés, nouveaux, étendus au-delà de la sphère gréco-romaine et de la civilisation occidentale.

La littérature moderne et contemporaine recèle aussi cette dimension mythologique et renouvelle l’approche de l’interprétation des rapports mythes-textes sur la base d’irruption de données socioculturelles, historiques, économiques, environnementales, sans cesse en évolution.

C’est dans le sens d’une exploration de cet état des lieux de la recherche autour de la question des mythes dans la littérature contemporaine (algérienne et autre) et autour des outils conceptuels à même de rendre opératoires des lectures (pertinentes) et soutenues par des outils méthodologiques efficaces, que nous avons invité les chercheurs à initier des réflexions opératoires et documentées.

L’article de M. Youcef Immoune souligne avec force le prima de la littérature, en tant que réécriture et médiation créatrice des mythes et offre un cadrage théorique et méthodologique à l’appréhension du mythe.

Le corpus de textes, abordé dans les différents articles, regroupe : Le secret de la girelle de Amina Mekahli, abordé par Nawel Krim, en le rattachant aux mythes du Collier maudit et du Couple maudit ; La comédie humaine de Honoré de Balzac, par Fella Menhoudj (le mythe de Paris) ; La promesse de l’aube et Les mangeurs d’étoiles de Romain Gary par Med Nassim Chikhi ; Puisque mon cœur est mort de Maissa Bey, par Imène Ouali (le tissage dans les mythes) ; Hizya de Maissa Bey, par Myriam Benbrika ; l’éthos et la reconstruction du sens par Rania Ahmed ; chez Dickens est exploitée la dimension surnaturelle (Zakia Yousfi) ; Meursaut, contre-enquête de Kamel Daoud, par Sofia Allouche (mythes d’Oedipe et de Sisyphe) et Le Renégat de Camus tel qu’il est travaillé par le mythe de la langue coupé et celui de dieu Râ.

Le théâtre, matrice primitive de l’expression des mythes sous la forme versifiée revient sous les diverses formes de sa modernité et sa contemporanéité pour tenter de nouveaux modes d’expression comme la présence du mythe d « Iphigénie » dans le théâtre occidental (Mme Nacira Blilita). Le théâtre Shakespearien sert de matrice au texte romanesque de Salim Bachi pour raviver le mythe littéraire de Hamlet.

La transgénéricité de l’adaptation esthétique des mythes trouve son expression contemporaine dans le dessin animé comme prolongement de la littérature de jeunesse (Maamri Imène) sur la base du texte fondateur des Mille et une nuits. Les mythes et la figure particulière de l’Ogresse trouvent leur chemin dans les Contes du terroir algérien de Zoubeida Maamria ( Islem Ait Ikhlef ). De même pour le conte de Aicha, la fille du bucheron adossé aux mythes de Eros et Psyché (Bouricha Amira). La culture populaire constitue un champ de représentation des mythes comme la figure de Batman (Tegaoua Kenza). Dans la peinture d’inspiration symboliste, les mythes libèrent tout leur pouvoir évocateur pour permettre de construire de subtiles allégories et métaphores (Ouafa Brinis).

Krim Nawel

Université Alger-2جامعة الجزائر

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