Ighil Imoula

Haut lieu de Mémoire et d'Hisoire

Ramdane ASSELAH né le 11-04-1926 à Ighil-Imoula

p. 11-56

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Ramdane ASSELAH né le 11-04-1926 à Ighil-Imoula, « Ighil Imoula », Aleph, 1 | -1, 11-56.

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Ramdane ASSELAH né le 11-04-1926 à Ighil-Imoula, « Ighil Imoula », Aleph [En ligne], 1 | 2014, mis en ligne le 25 juin 2015, consulté le 26 avril 2018. URL : http://aleph-alger2.edinum.org/736

Si quelqu’un s’était avisé, avant les années 1950 de survoler par hélicoptère, la partie nord de l’Algérie et en particulier, l’immense chaîne du Djurdjura, il aurait découvert, des centaines de villages, présentant de nombreuses ressemblances, mais aussi des différences.

Ces villages dont la langue dominante est le kabyle, se sont construits sur des crêtes ou à flanc de montagne, à des altitudes variant entre 600 et 1500 mètres. Leur érection sur des hauteurs d’accès difficile n’est pas le fait du hasard ; elle est la conséquence des multiples invasions subies par l’Algérie, depuis les Romains jusqu’à la colonisation par les Français à partir de 1830. Pendant des siècles, les habitants de la Kabylie se sont défendus farouchement contre des envahisseurs étrangers qui s’emparaient des meilleures terres, obligeant les populations de cette région à se réfugier sur des sommets au sol ingrat où la vie est rude.

La résistance de nos montagnards à l’occupation étrangère est légendaire. On sait par exemple, que l’armée française, pourtant fortement équipée n’a pu faire tomber Tizi-Ouzou qu’en 1848 et qu’elle n’a pu venir à bout de la résistance kabyle qu’en 1871 après la fameuse bataille d’Ichéridene, près de Larba Naït Iraten. C’est donc, dans des conditions et contextes particuliers, que se sont établis des groupes humains sur diverses crêtes de Kabylie.

Globalement, on peut dire que les villages kabyles ont de nombreux points communs histoire, relief, géographie, structures sociales. Ils partagent les mêmes valeurs fondamentales et identitaires. Néanmoins, par-delà des similitudes, chaque village peut avoir des spécificités et connaître une évolution particulière, c’est le cas, d’Ighil-Imoula dont le destin peut être considéré comme étant hors du commun.

La description qui va suivre se propose de retracer sommairement, les éléments propres à ce village et les évènements importants qui l’ont marqué.

Before the 1950s, if somebody had thought of flying over northern Algeria by helicopter, in particular over the huge Djurjura mountain range, he would have discovered hundreds of villlages with many likenesses but also differences. These villages whose main language is Kabyle were built on mountain crests or sides at altitudes of 600 to 1500 m. They were not settled on these hardly reachable heights without good reason. Kabyles did so subsequently to the repeated invasions Algeria had to go through since the Roman conquests up to the French colonisation in 1830. For centuries, they fearlessly fought against invaders, who would take possession of the best farmlands causing the local people to seek refuge in the barren highlands where life was much tougher. The resistance of these mountain people against foreign occupation was an epic struggle. It is significant that the French forces, which were strongly armed, could not defeat the city of Tizi Ouzou until 1848 or put an end to the Kabyle resistance until 1871, at the battle of Icheridene near the town of Larbaa Nath Irathen. Thus the fact that human groups chose to settle on the heights of Kabylia was due to specific circumstances. Basically, Kabyle villages can be said to have much in common : their history, relief, geography and sociological structure. They also share the same identity and the same fundamental values. Despite those similarities, each village may have its own particularities and evolve in its own way. It is precisely the case of Ighil Imoula which destiny can be considered as uncommon. The following study offers to identify a few points that are specific to this village as well as retrace the noticeable past events that imprinted their mark on it.

Et comme un pied de nez à l’Histoire, c’est le 20 avril 2014, jour du trente-quatrième anniversaire du mouvement démocratique amazigh pour la reconnaissance de la spécificité amazigh et de l’officialisation de cette langue, qu’est signé l’arrêté portant ouverture d’instance de classement de « la maison historique d’Ighil Imoula », lieu de dactylographie et du tirage de la proclamation du 1er novembre 1954. On pourra le nommer, à son tour, « l’arrêté du 20 avril 2014 » Djamel Zenati « Quand l’Histoire se joue de nos mémoires »

Tel un cadeau, c’est le lendemain du quatre-vingt-huitième anniversaire (88) de M. Asselah, l’un des principaux artisans de la guerre de libération nationale, le 12 avril 2014, que l’arrêté est signé pour enfin configurer un espace apaisé pour la reconnaissance du combat mené pour un peuple uni dans sa souffrance et ses différences. Djamel Zenati "Quand l’Histoire se joue de nos mémoires"

Généralités

À l’image d’autres villages kabyles, Ighil-Imoula s’est construit depuis des siècles au sommet d’une crête de 650 m d’altitude. On ne sait pas d’où sont venus ses premiers habitants, peut-être, des régions plates du voisinage. La légende dit aussi qu’un petit nombre de gens venus de Saguia El Hamra (Sahara occidental) se sont installés à Ighil-Imoula. Leurs descendants seraient les marabouts du village. Historiquement, les anciens racontaient que le village Ighil-Imoula avait depuis longtemps acquis la réputation d’être un lieu d’accueil et de refuge donnant asile à toute personne fuyant l’injustice ou recherchée pour « crime d’honneur ». On disait aussi qu’il jouait un rôle important dans le règlement des conflits entre les villages voisins et son arbitrage était souvent sollicité.

Géographiquement, Ighil-Imoula est à environ 130 km d’Alger et à 35 km au sud-est de Tizi-Ouzou. En venant de la capitale, on y accède par plusieurs routes : Issers, Dra Ben Khedda, Boghni, Tizi-Ouzou, Ouadhia, - Maatkas ou par Mechtras. Pour monter à Ighil-Imoula, à partir de Tizi-N’Tléta, on emprunte une ancienne piste sinueuse qui a été élargie et goudronnée depuis l’indépendance. De part et d’autre de la route s’étendent des champs d’oliviers ; à l’approche du village, ce sont des plantations de figuiers puis de petits jardins où l’on cultive divers légumes. Cette route croise la nationale n° 30 qui va d’Ain El Hammam (Michelet) à Dra-El-Mizan.

Plusieurs villages, distants de 2 à 5 km, entourent Ighil-Imoula. Au nord, Cheurfa et Aït Abdelmoumen qui avec le premier forment tous les trois, la commune de Tizi-N’Tléta. À l’est, on voit Ouadhia devenu Chef-lieu de daïra, plus loin, à droite, Agouni-Gueghrane, village natif du célèbre poète-chanteur. Slimane Azem, puis les Aït Oulhadj. Au sud-ouest, Aït Bouadou, Mechtras, Assi Youcef et Aït Mendès ; ce dernier village se trouve sur la route qui conduit de Boghni à la station hivernale et touristique de Tala-Guilef. Au sud, enfin, se dresse le majestueux massif du Djurdjura, qui se couvre de neige, chaque année, entre les mois de novembre et mai. Il constitue un véritable château d’eau pour toute la région. La montagne culmine à plus de 2300 mètres d’altitude au Lalla Khadidja, elle sert de rempart contre les vents chauds venant du Sahara.

À partir d’Ighil-Imoula, on a une vue magnifique sur une vallée de deux à dix kilomètres de large qui s’étend des Ouadhia à Tizi-Ghenif ; la culture des céréales y était dominante. Une partie de cette vallée dénommée « Tiniri » est entièrement couverte d’oliviers qui ont peu à peu remplacé les figuiers, lesquels ont pour la plupart péri durant la guerre de libération.

Avant l’indépendance, Ighil-Imoula et des dizaines d’autres villages qui s’étendent en longueur et en largeur des Ouadhia à Tizi-Ghenif étaient rattachés administrativement à la vaste commune mixte de Dra-El-Mizan dont l’étendue équivalait celle d’un département de la France. À la tête de celle-ci, il y avait un administrateur qui, assisté de caïds et de gendarmes, avait droit de vie et de mort sur la population d’une si vaste conscription administrative. Pour se faire délivrer un acte de naissance, se présenter au Tribunal ou à d’autres autorités administratives du chef-lieu, les habitants étaient obligés de parcourir plus de 50 km aller-retour à pied, y passant pratiquement toute une journée.

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Les quelques exemples ci-après illustrent les comportements de l’administration coloniale vis-à-vis des indigènes. D’une manière générale, les rapports entre les autorités françaises et la population kabyle étaient constamment tendus. L’oppression du dominant sur le dominé est permanente. À travers des auxiliaires indigènes arrogants et zélés et des gendarmes français condescendants, nos montagnards étaient soumis à toutes sortes d’humiliations, de vexations et de brimades.

Solliciter un acte administratif quelconque était un véritable problème ; il fallait passer sous les fourches caudines du caïd ou du garde champêtre, qui exigeait constamment un « bakchich », alors que les « sous » étaient rares.

Tandis que les paysans se débattaient dans la misère et que faute d’argent, ils ne pouvaient pas payer les impôts réclamés par le fisc, l’administrateur de la commune mixte de Dra-El-Mizan n’hésitait pas à envoyer des gendarmes pour menacer les « récalcitrants » de prison. Des gens étaient soumis à des taxes pour la possession de quelques chèvres, voire d’un chien.

Perchés sur leurs chevaux blancs, les gendarmes parcourraient les villages pour intimider les populations et leur montrer que la France est là avec tout son appareil répressif. Il arrivait aussi que les autorités françaises envoient des gendarmes pour enchaîner des jeunes, aptes au service militaire, mais qui refusaient de rejoindre leurs affectations. Les « insoumis » étaient frappés avant d’être jetés en prison, puis affectés dans des casernes situées à des centaines de kilomètres de leur domicile.

Les Français ne se doutaient pas que pour toutes ces injustices et brutalités finiraient par amener les Algériens à se révolter. L’éveil nationaliste aidant, le 8 mai 1945, la population indigène fit connaître à la puissance occupante qu’elle n’acceptera plus le régime colonialiste. Avec l’insurrection du 1er novembre 1954, il est signifié à la France, le rejet total du joug opprimant les Algériens depuis plus de cent vingt années.

Aperçu sur la vie sociale et économique d’avant 1962

Jusqu’en 1962, on peut dire que le mode de vie et les conditions d’habitation à Ighil-Imoula étaient semblables à ceux qui prévalaient dans toute la Kabylie. Les maisons étaient à peu près toutes de même modèle. La pierre, la terre et le bois constituaient les matériaux principaux de construction. La plupart des habitations étaient faites en terre battue, y compris la toiture. Chacune d’elles comprenait deux à trois pièces, la plus grande servait de salle commune avec un « kanoun » pour faire la cuisine ; celui-ci fournissait de la chaleur par temps froid. Chaque maison était pourvue d’une cour intérieure où étaient rangés, la réserve de bois pour l’hiver, la jarre d’eau potable, des outils d’usage courant. La cour servait aussi d’espace de mouvement et de récréation pour les femmes ; les hommes quant à eux, prenaient leur repos à la grande place du village où se réunit périodiquement la Djemaa.

La répartition des habitants du village obéissait à une forme de clanisme suivant lequel les familles portant le même nom patronymique se regroupaient dans un même quartier. À titre d’exemple, les Asselah et les Larbani, descendant d’un même arbre généalogique habitaient le lieu-dit « Tansaout Nait Asselah », les Kaced, « Tansaout Aït Salem ». On avait les mêmes regroupements, tels, les Idir-Bélaid, les Ben Chaba, les Achour-Yahi, les Yantren, les Haliche, les Abdellaoui, les Azzi, les Zamoum, pour ne citer que quelques familles. Pendant et après la guerre de libération, les regroupements ont éclaté, il y a eu des transferts et surtout beaucoup de départs vers les villes.

Pendant longtemps, la population d’Ighil-Imoula était composée principalement de paysans qui vivaient des produits de petites parcelles de terre réparties sur les flancs des collines. Les cultivateurs les plus aisés possédaient des terrains à proximité du village, appelés « Timizert », produisant des céréales, de la pomme de terre, des oignons et des légumes secs. Une rivière prenant sa source dans le Djurdjura, traverse une partie de l’étroite vallée, située en contrebas du village. On lui a donné le nom de Acif Boulma. De novembre à mai, la rivière alimentait deux ou trois moulins à grains où les paysans faisaient moudre du blé et de l’orge, transportés à dos d’âne. À partir du mois d’avril, on y construisait de petits barrages avec de la pierre, des branchages et de la terre. Ils servaient à irriguer des jardins qui fournissaient fruits et légumes aux propriétaires des lieux. En été, il y avait assez d’eau dans la rivière pour permettre aux enfants de s’y baigner pendant les vacances scolaires et d’y pêcher de petits poissons.

À présent, et durant la moitié de l’année, la rivière ne charrie plus qu’un mince filet d’eau, pollué hélas par des déchets divers jetés inconsciemment par des gens qui ignorent les méfaits de leurs gestes sur l’écologie.

Les gens se nourrissaient de couscous et de galette d’orge ou de blé, de légumes secs, de figues sèches et d’huile d’olive. Les familles considérées comme aisées étaient celles qui possédaient des terrains produisant assez de blé et d’orge pour une année, leur assurant une autosuffisance alimentaire. Ces dernières disposaient généralement en plus, d’une paire de bœufs, d’une ou deux vaches, d’un mulet et de nombreux ovins et caprins.

À part le caïd, ses frères et une vingtaine de familles au plus, qui avaient des revenus réguliers comme les instituteurs et des récoltes suffisantes qui leur permettaient de satisfaire leurs besoins alimentaires et vestimentaires, beaucoup de villageois vivaient dans un dénuement quasi total.

En ce qui concerne l’habillement pour les hommes, il se limitait généralement à une gandoura, un pantalon, une chéchia et l’inséparable burnous que l’on portait hiver comme été et qui servaient à tout. Quant aux femmes, elles portaient une ou deux gandouras ou robes kabyles aux couleurs bariolées, assorties d’une fouta également chatoyante.

Les rares moments de divertissement

Préoccupée la plupart du temps par des problèmes de survie, la population d’Ighil-Imoula comme celles des autres villages de Kabylie, s’accordait quelques fois, répit et divertissement à l’occasion notamment des fêtes religieuses, des mariages, des naissances et circoncisions des enfants.

En de telles circonstances, hommes, femmes et enfants se paraient de leurs plus beaux habits. Les femmes se faisaient belles ; exceptionnellement, elles se fardaient, en guise de rouge à lèvres, elles utilisaient de l’écorce extraite des branches ou des fruits de noyer.

Pour l’Aïd El Fitr, les hommes allaient au marché pour acheter de la viande, accompagnés des enfants mâles à qui ils offraient quelques sous pour se payer des friandises. Il y avait en quelque sorte de la joie dans tous les foyers. Pendant l’Aïd « Kebir », on sacrifiait un mouton dans la plupart des familles ; les parents se devaient de rendre visite à leurs filles mariées pour leur apporter leur part de viande. Rappelons à ce propos qu’à l’époque que nous évoquons, la viande ne rentrait à la maison que pour les deux Aïd. L’Achoura était marquée par un repas exceptionnel garni de viande séchée provenant de l’Aïd El adha et d’œufs.

À l’occasion des mariages, il y avait de la joie et de la gaîté, les femmes s’autorisaient à chanter et danser, portant leurs belles parures. À souligner toutefois que les unions étaient célébrées dans la simplicité, rien à voir avec les fastes ostentatoires observés de nos jours. Pour les circoncisions, les familles qui en avaient les moyens, faisaient venir un groupe de tambourins qui animait des moments festifs qui réjouissaient tout le monde et les enfants en particulier.

Telles sont résumées les rares occasions où les habitants de nos campagnes s’offraient quelques joies et distractions.

La dure existence des femmes et des hommes du village

La vie était dure pour la majorité de la population du village et plus particulièrement pour les femmes. Levées très tôt, elles commençaient par nettoyer la maison et trier les ordures provenant de « l’étable », située à l’intérieur même de l’habitation. Elles mettent ces ordures dans des corbeilles en roseau ou en tiges d’olivier qu’elles porteront ensuite sur leur dos pour servir de fumier dans les champs.

Les femmes devaient aussi réveiller les enfants, les habiller et leur donner un petit repas ou quelques provisions, galette et figues, avant de les envoyer à l’école ou aux champs pour garder des bêtes ou participer aux travaux exécutés par les grandes personnes.

Avant ou après le nettoyage des lieux d’habitation, les femmes s’astreignaient, particulièrement en été, à la corvée d’eau. Bien avant le lever du soleil, elles devaient faire la queue à l’une des fontaines distantes de 500 mètres à un kilomètre du village pour remplir une ou deux cruches d’eau qu’elles portaient sur le dos. Se terminant en forme de fuseau vers le bas, la cruche laissera à la femme des marques à la partie inférieure du bassin qu’elle gardera jusqu’à la fin de sa vie.

Une fois qu’elles ont accompli les premiers travaux domestiques du début de la matinée, les femmes kabyles, accompagnées de leur mari ou d’un parent mâle, prennent des chemins escarpés pour se rendre dans les champs et y effectuer diverses tâches et selon les saisons. Au printemps, elles sèment et plantent oignons, pomme de terre, légumineuses diverses ; elles fauchent de l’herbe pour les bêtes qu’elles ramènent sur leur dos à la maison. En été, elles ramassent le foin, participent à la moisson et à la récolte des figues qu’elles étalent sur des claies en roseau pour les faire sécher. En automne, elles effectuent quelques travaux de nettoyage à la maison et dans les champs, avant l’arrivée du froid et préparent les provisions de bois pour la cuisine et le chauffage. En hiver, la principale occupation est le ramassage des olives. Pendant des heures, elles se courbent pour ramasser, une à une des olives parfois enfouies sous de petites herbes ou des ronces, au risque de se blesser, travaillant à mains nues. En fin de journée, elles portent sur leur dos, la corbeille pleine d’olives comme elles le font pour tous les produits récoltés au cours des saisons.

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Le dur labeur des femmes de Kabylie

À la fin des travaux champêtres, la femme, chargée comme une bête de somme, les pieds nus reprend le sentier caillouteux et en pente qui mène vers le domicile familial. L’homme qui l’accompagne, marche derrière elle, portant seulement sur l’épaule, une hache, une pioche ou une gaule qui sert à faire tomber les olives. Dès leur arrivée à la maison, les femmes s’attelaient à diverses tâches domestiques, comme préparer le repas du soir, généralement du couscous avec une sauce aux légumes secs. Dans la plupart des foyers, on ne mangeait de la viande qu’à l’occasion des fêtes. Les femmes s’occupaient aussi des enfants ; elles ne pouvaient pas les aider à faire leurs devoirs de classe, elles étaient illettrées. Dans tous les cas, leur journée se terminait tard dans la nuit, tandis qu’au retour des champs, les hommes allaient palabrer sur la place publique ou jouer aux cartes ou aux dominos dans l’unique café du village.

À noter par ailleurs, qu’en dehors des tâches habituelles auxquelles elles étaient astreintes, certaines femmes se spécialisent dans la poterie ou le tissage de tapis et burnous perpétuant ainsi les traditions artisanales du milieu rural. Cela leur procurait quelques maigres ressources permettant d’améliorer le quotidien de la maisonnée.

Les rares répits et loisirs octroyés aux femmes se produisaient à l’occasion des fêtes : mariages, circoncisions et autres évènements familiaux.

On n’oubliera pas enfin de mentionner les souffrances que subissaient les épouses à la suite de nombreuses couches qui se succédaient avec une forte mortalité enfantine. On ne connaissait pas encore ce qu’est un planning familial.

Telles étaient dans l’ensemble les conditions d’existence de nos mères, grands-mères et aïeules qui n’arrêtaient pas de s’échiner pendant de longues journées, résistant admirablement aux fortes chaleurs de l’été et aux froids rigoureux de l’hiver. Rappeler ces faits, c’est leur rendre hommage.

Dans un contexte de vie très rude pour les femmes, les hommes avaient aussi leur part d’une existence difficile. Ils se chargeaient des travaux pénibles ou présentant un danger évident nécessitant vigueur et force physique tels que : labourer les champs, monter sur de grands arbres pour faire tomber les olives ou cueillir des feuilles de frêne pour nourrir les bêtes en été ; couper du bois, soulever des poids lourds, tailler les arbres, clôturer les propriétés, etc..

Les hommes qui ne possédaient pas de champ à cultiver louaient leur force de travail à des familles du village plus nanties comme celles du Caïd et de ses frères ou aux quatre colons qui s’étaient approprié des terres de la vallée et qui leur versaient des salaires de misère. En été, certains journaliers s’aventuraient jusqu’à la Mitidja pour travailler les vignobles des riches propriétaires européens qui les exploitaient comme des esclaves.

D’une manière générale, les conditions de vie étaient difficiles pour la population d’Ighil-Imoula pendant l’occupation française. La dureté de l’existence créait des tensions au sein des familles d’autant qu’il était courant que deux ou trois générations, les grands-parents, les parents et les petits enfants vivaient sous le même toit. Dix à trente personnes étaient regroupées sous l’autorité d’un patriarche dont tout le monde acceptait l’autorité, la solidarité au sein de la famille étant de rigueur. On se parlait peu, on n’avait d’ailleurs pas le temps, y compris avec les enfants qui n’avaient droit qu’à des réprimandes pour la moindre faute. Cela n’empêchait pas que ceux-ci aient du respect pour leurs parents et les grandes personnes en général.

Les difficultés vécues rendaient également fréquentes les querelles entre les villageois. On se disputait pour des questions de pacage, de chemin de passage, de bornage, chaque mètre carré de terrain était défendu avec acharnement. On en arrivait à des conflits avec recours à des bâtons, des gourdins, des pioches, voire des haches. Heureusement que les sages du village assistés des membres élus de la Djemaa parvenaient souvent à apaiser les esprits et ramener les antagonistes à la raison.

Sur le plan sanitaire, la situation était loin d’être supportable. L’eau était rare et l’hygiène peu pratiquée. Si l’on se blessait ou que l’on tombait malade, il n’était pas question d’aller voir un médecin, lequel était installé à 20 ou 30 km du village ; financièrement et matériellement, on ne pouvait pas consulter un spécialiste de la santé. Les gens se confiaient alors aux marabouts du coin pour des amulettes ou à des charlatans qui se sont fait une réputation de guérisseurs. Il s’ensuit qu’on se laissait parfois mourir, faute de soin, en invoquant Dieu et en se fiant au destin.

À propos de mortalité, les anciens se souviennent qu’une maladie contagieuse, le typhus, avait vidé Ighil-Imoula d’une partie de ses habitants comme ce fut le cas dans les autres villages de Kabylie. C’était pendant la Deuxième Guerre mondiale, 1939-1945. La disette touchait alors toutes les populations, tout était rationné. Les autorités françaises avaient créé des centres de distribution des denrées où les bousculades étaient fréquentes. Il n’était attribué par personne et par mois, 6 kg d’orge ou de blé, 250 grammes de café, un kilogramme de sucre, 1 morceau de savon, un litre d’huile.

Les pénuries augmentaient la détresse des habitants et rendaient plus vulnérable leur état de santé.

C’est ainsi qu’au cours des années 1942 et 1943 notamment, le typhus fit des ravages, principalement parmi les personnes âgées et les enfants. On dénombrait des morts dans la plupart des familles et il ne se passait pas de semaine sans enterrement. Cet épisode tragique fut vécu avec tristesse et ressentiment par toute la Kabylie, d’autant que l’Algérie n’avait rien à voir dans le conflit qui opposait la France et l’Allemagne.

La situation de grande misère qui prévalait à Ighil-Imoula dans les années antérieures à 1962 a amené certains habitants du village à tenter l’aventure de l’émigration pour essayer de sortir leurs familles du dénouement qui les frappait de plein fouet. Ce fut pour quelques-uns, un départ sans retour et un déracinement pour le reste de leur vie. D’aucuns ont d’ailleurs fini par décevoir leurs vieux parents qui manquaient de tout et qui comptaient sur leurs fils émigrés pour recevoir un peu d’argent leur permettant d’être soulagés de la grande pauvreté.

L’émigration : une hypothétique échappatoire

Dès le lendemain de la Première Guerre mondiale 1914-1918, des hommes d’Ighil-Imoula, parmi les plus pauvres, ont pris le bateau pour la France. Ils empruntaient souvent le prix de leur billet de voyage après s’être procuré une tenue à « l'européenne » récupérée auprès de parents ou achetée en friperie. Pour eux, c’était vraiment l’aventure, ils partaient sans savoir ce qui les attendait. Dans leur tête, l’essentiel était de pouvoir trouver du travail le plus tôt possible.

Débarqués à Marseille, ils prenaient le train pour des destinations où ils trouveraient un parent ou un ami déjà établi, sachant que l’esprit de solidarité était fort et qu’à l’époque, tout émigré déjà établi en France était prêt à donner gîte et couvert au nouveau venu qu’il aidait aussi à chercher de l’embauche. Les émigrants partaient ainsi vers des villes, comme Saint-Étienne, Clermont-Ferrand, Lille, Lyon, Paris et sa banlieue où ils espéraient avoir une chance de trouver du travail. Après des errances pouvant durer des semaines voire des mois, ils finissaient par se faire embaucher dans les bassins miniers, les usines et le bâtiment. Les travaux les plus pénibles et les plus dangereux leur étaient réservés par une France en pleine reconstruction, avide d’exploiter une main-d’œuvre à bon marché.

Les émigrés vivaient dans des conditions très dures, ils logeaient à deux ou trois dans une pièce insalubre, sans eau courante ni électricité, dormaient à tour de rôle dans le même lit. Ils se nourrissaient principalement de féculents, pain, pâtes et pommes de terre afin de pouvoir économiser un peu d’argent pour l’envoyer à leurs familles restées au bled. En se privant, certains d’entre eux revenaient au pays avec des maladies graves, telles que la tuberculose, la silicose et la dysenterie. Ils en mouraient souvent dans leur village natal.

La deuxième vague d’émigrants, beaucoup plus importante se déploya à partir de 1946. Sortant d’une deuxième guerre mondiale, 1939-1945, meurtrière et destructrice de biens, la France avait de nouveaux besoins de main-d’œuvre pour se reconstruire : voies de communication, bâtiment, extraction de minerais, reconstitution du tissu industriel, etc.Les salaires et les logements étaient meilleurs que ceux des années 1920 à 1939. Les natifs d’Ighil-Imoula partaient en plus grand nombre vers diverses villes de France.

Certains revenaient régulièrement au village, d’autres ont fini par faire venir épouse et enfants pour s’installer définitivement en « Métropole ». Ce fut le cas notamment à Gardanne, centre minier de charbon dans le département des Bouches du Rhône où une trentaine de familles du village s’y est établie ; leurs enfants y ont grandi, ils prendront par la suite, la nationalité française.

Le phénomène migratoire a eu sans doute des côtés avantageux, mais s’est traduit aussi par des revers et des déceptions pour certains émigrés. Nos fils de paysans qui ont eu la chance de trouver un travail stable en France se sont peu à peu mélangés aux travailleurs européens, dans la mine, dans les usines et les chantiers. Ils ont parfois sympathisé avec des collègues de différentes nationalités : polonais, italiens, arméniens, devenus français par naturalisation ; ils partageaient les mêmes conditions d’ouvriers.

Pour les Maghrébins, le principal souci est de gagner de l’argent, faire des économies dont une partie était envoyée à leurs familles restées au bled. Certains faisaient des aller-retour, espacés de deux ans, entre la France et le pays d’origine, c’est l’occasion d’offrir des cadeaux, notamment des habits aux proches.

Par la suite, il y eut des émigrés qui ont décidé de s’installer définitivement en France, faisant venir femme et enfants. Cette option n’a pas été toujours heureuse, car, nourris aux valeurs et traditions de leurs ancêtres, ils n’arrivaient pas à s’intégrer totalement dans le pays d’accueil qui a ses propres repères socioculturels. Illettrés pour la plupart, ils eurent des problèmes de communication avec leurs enfants qui à l’école ou dans la rue avaient appris des réflexes et comportements qui n’étaient pas appréciés de leurs parents qui restaient attachés à leur culture d’origine. D’où, des incompréhensions entre les anciens et les jeunes qui ont grandi dans un milieu différent de celui connu par leurs parents.

Devenus vieux, les retraités maghrébins n’ont pas toujours su quoi faire de leur temps. Ils avaient tendance à s’asseoir sur les bancs publics des jardins ou des terrains de boules et à ressasser des souvenirs du passé pendant que les vieux Européens s’adonnaient pendant des heures à des parties de boules interminables, épicées de plaisanteries cocasses.

À retenir cependant que des émigrés restés en France ont vécu d’assez bons moments grâce à des retraites substantielles qui leur ont permis de vivre décemment et de jouir d’avantages sociaux appréciables. Dans l’ensemble, l’émigration en France a eu des retombées positives. Elle a permis à des familles entières d’améliorer leurs conditions de vie, de scolariser les enfants et de s’ouvrir à la modernité. Grâce à de substantielles retraites obtenues en France, les anciens émigrés d’Ighil-Imoula ont pu construire au village des maisons plus spacieuses et plus confortables que celles de leurs aïeux.

Les avantages d’une scolarisation avancée

En matière d’éducation, Ighil-Imoula, comme d’autres villages de Kabylie ont eu l’avantage de bénéficier de l’instruction moderne, dès la fin du XIXe siècle ! Auparavant, seule l’école coranique dispensait, de façon épisodique un enseignement en arabe ne dépassant pas l’apprentissage de l’écriture et de la lecture de quelques versets du saint Coran à des enfants de cinq à dix ans.

Pour des raisons, vraisemblablement non dénuées d’arrière-pensées, les Français ont construit dès 1887, à Ighil-Imoula une école comprenant deux classes. L’une de 50 places environ recevait les élèves du cours préparatoire jusqu’au cours élémentaire première année ; l’autre de 30 à 40 places accueillait les élèves du cours élémentaire deuxième année jusqu’à la classe préparant au certificat d’études primaires (CEP).

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Classe d’une école catholique en Kabylie pendant la période coloniale

Les conditions de scolarisation étaient peu favorables, la classe des petits avait des tables et des bancs d’un seul tenant et les enfants jouaient du coude pour se faire une place. Les élèves avaient deux à trois cahiers en moyenne pour l’année, des livres rares qui ne sortaient pas de l’école. Cependant, la volonté d’apprendre était forte chez beaucoup d’enfants, bien qu’ils eussent affaire à une langue étrangère qui n’était pas parlée dans les foyers. Le savoir dispensé dépendait de l’habileté et de l’intelligence du maître et de la maîtresse.

Jusqu’en 1950, l’école d’Ighil-Imoula a eu uniquement des instituteurs d’origine française. Les résultats obtenus par ces derniers furent inégaux. Dans le village, les anciens avaient retenu les bonnes performances d’un nommé Lambert, tandis que les élèves de la fin des années 1930 se souviennent des excellentes méthodes d’enseignement d’un nommé Boisson. Lambert a formé des élèves qui par la suite ont constitué la première génération d’instituteurs natifs d’Ighil-Imoula. Ils ont pour noms : Asselah Mohamed ben Amrane, Azougnène Ali, Hocine Aomar, Loualalen Akli, Lounès Boudjemaa, Zamoum Rabah, tous décédés. Ils avaient fréquenté l’EPS (collège de Tizi-Ouzou) puis l’École Normale de Bouzaréah.

D’une manière générale, les instituteurs indigènes étaient affectés dans des écoles éloignées de leur lieu de naissance. Ils avaient des connaissances solides et exerçaient leur métier avec beaucoup de sérieux et de dévouement. La population les considérait comme des savants en raison de leur savoir et leur conduite exemplaire. Durant les vacances scolaires, les instituteurs susnommés revenaient au village natal où les enfants écoutaient leurs conseils avec admiration et respect.

Quant à l’instituteur Boisson, affecté avec son épouse à Ighil-Imoula à la fin des années 1930, il a réussi en trois ans, à porter le nombre de reçus au CEP de un à six. Sauf erreur, les lauréats sont : 1937 : Harbi Mohamed, 1938 : Abdelli Ahcène, Asselah Slimane, loualalen Ali, Sadouki Amar ; 1939 : Amrani Mouloud, Asselah Ramdane, Benamar Mouloud, Ben Ramdani Salem, Larbani Salem et Saïdi Akli. La plupart de ces Lauréats ont par la suite occupé des emplois supérieurs dans la fonction publique ou dans les institutions privées.

D’un trait, on dira que l’école d’Ighil-Imoula d’avant 1954 a assuré un enseignement de qualité à des dizaines d’enfants qui grâce à l’instruction reçue vont pouvoir exercer, plus tard, des fonctions dans diverses administrations.

Dès le début des années 1940, par suite de la mobilisation des fonctionnaires français, d’anciens élèves de cette école pourvus seulement du Certificat d’études avaient été recrutés dans l’enseignement en qualité de moniteurs et comme auxiliaires dans les PTT et autres emplois de la fonction publique. Il faut dire que le CEP de l’époque représentait une somme de connaissances consistantes. Jusqu’à la fin des années 1950, très peu de jeunes d’Ighil ont suivi des études au-delà du CEP ; trois ou quatre seulement ont obtenu le brevet élémentaire dont Larbi Saïd devenu instituteur, un frère et un neveu du caïd Loualalen. Antérieurement à 1955, on ne comptait que trois bacheliers qui ont poursuivi des études supérieures, ce sont : Loualalen Ali, chirurgien-dentiste, Asselah Slimane, médecin et Asselah Ramdane devenu directeur central des P.T.T.

Le fait qu’Ighil-Imoula ait pu bénéficier d’une école moderne dès la fin des années 1880 peut être considéré comme un élément valorisant pour la population du village. De 1900 à 1954, des centaines d’enfants ont été scolarisées ; ils ont acquis un bon niveau d’instruction qui leur a permis de s’épanouir dans différents domaines.

Au lendemain de l’indépendance, ils ont pu occuper de nombreux emplois d’encadrement et d’exécution qui avant 1962 étaient réservés exclusivement aux Français.

Certains jeunes du village, tels, Ben Boudjema Arezki et Asselah Aberrahmane ont eu la volonté de reprendre les études grâce à l’école du soir et d’accéder à l’enseignement supérieur après avoir obtenu la capacité en droit.

D’une manière générale, l’instruction reçue par des' natifs d’Ighil-Imoula leur a permis de s’élever dans l’échelle sociale et de faire carrière dans divers services et institutions.

On retiendra aussi que grâce à l’instruction dispensée par l’école de leur village, les jeunes d’Ighil-Imoula ont pris conscience très tôt, de l’oppression, des injustices et des brimades commises par la puissance colonialiste envers les populations indigènes. Cela les amena avec d’autres jeunes du village à s’engager en masse dans le mouvement nationaliste.

Ighil-Imoula — Foyer de nationalisme et de résistance

La tradition de résistance d’Ighil-Imoula à l’occupant français remonte assez loin dans le temps. Les anciens racontent que ce village avait envoyé des hommes pour combattre les envahisseurs en haute Kabylie entre 1850 et 1871, notamment, lors de la bataille d’Ichériden (Larbaa Naît Irathen). Quant à la fibre nationaliste, elle a commencé à se manifester dès la fin des années 1930. Le premier militant connu au village, c’est le nommé Iraten Mouloud, un émigré qui adhéra à l’Étoile Nord-Africaine à Paris, puis au Parti du Peuple Algérien (PPA) en 1937. Malgré la tuberculose ramenée de l’étranger qui le minait, Da Mouloud, assis à la place centrale du village (Tizi) aimait s’entourer de jeunes adolescents sortants de l’école et leur parler de l’éveil nationaliste qui se répandait en France et en Algérie.

À la même époque, ce fut Asselah Hocine, né à Ighil-Imoula en 1917, et résidant à Alger à partir de 1929, qui s’engagea dans le mouvement nationaliste pour en devenir une des figures marquantes. Il était membre du bureau politique du PPA-MTLD dès 1944. Au début des années 1940, il venait en Kabylie pendant les vacances d’été pour rencontrer des responsables et militants nationalistes, à Tizi-Ouzou, Dra-El-Mizan et Boghni. Dirigeant très actif, en dépit d’insuffisances cardiaques, il impulsait la création de cellules du PPA à travers toute la Kabylie. Hocine Asselah fut une référence exemplaire pour les jeunes d’Ighil-Imoula qui seront nombreux à rejoindre les rangs du PPA-MTLD, de l’OS et plus tard de l’ALN (Armée de Libération Nationale).

Une des artères principales d’Alger porte le nom d’Asselah Hocine. Le village Ighil-Imoula a servi aussi de refuge, à partir des années 1945-1947, à Krim Belkacem et Omar Ouamrane qui sillonnaient la Kabylie pour répandre les idéaux nationalistes. Les deux futurs colonels de l’ALN étaient recherchés par la gendarmerie française, dès 1945 ; l’un était accusé d’avoir tué un garde champêtre collaborateur, l’autre pour avoir tenté de fomenter une révolte de sous-officiers algériens à la caserne de Cherchell. Les deux clandestins étaient nourris et hébergés par les militants d’Ighil-Imoula en qui ils avaient pleinement confiance. Ils furent par la suite, les chefs directs de Ali Zamoum ex-condamné à mort et de son frère Mohamed, colonel Si-Salah de la wilaya IV, mort, les armes à la main, en 1961 du côté de M’chdallah-Bouira.

Après avoir milité pendant des années, des dizaines d’hommes d’Ighil-Imoula bien entraînés s’engageront dans la lutte armée dès le début de l’insurrection. Les premiers coups de fusil tirés dans la nuit du premier novembre 1954 à Tizi-N’Tléta furent l’œuvre de jeunes du village qui rejoindront les divers maquis du territoire national. Entre 1954 et 1961, ils étaient près de 200 combattants à s’enrôler dans les rangs de l’ALN ; certains sont des travailleurs émigrés venus de diverses régions de France, via la Tunisie.

Une centaine d’entre ces vaillants patriotes est tombée au champ d’honneur, le plus jeune avait à peine 18 ans et le plus âgé 66 ans. Ils ont laissé des dizaines de veuves et d’orphelins.

Impression à Ighil-Imoula de la Proclamation du 1er novembre 1954

C’est à Ighil-Imoula, à la veille du déclenchement de la lutte armée, que la Proclamation du 1er novembre 1954 fut dactylographiée et ronéotypée. Cette opération d’une importance capitale est tout à l’honneur d’un village martyr dont les militants avaient été mis à l’épreuve par Krim Belkacem qui avait apprécié leur engagement, leur sincérité et leur discrétion.

Pour connaître les circonstances exactes dans lesquelles s’est réalisée l’opération, laissons parler Ali Zamoum, maître d’œuvre de cette action, qui, dans son livre « Tamurt lmazighen », a écrit :

« Quelques jours avant la réunion de Betrouna, j’avais reçu de Krim, un texte que je devais reproduire en plusieurs milliers d’exemplaires. À Tizi-Ouzou, je reçus un journaliste, El Aichaoui Mohamed envoyé par l’Organisation, qui était chargée d’imprimer ce document, à la ronéo. Je l’ai emmené de nuit jusqu’à notre village, à la maison de Ben Ramdani Omar. C’était un militant sur qui n’était pas, toutefois, dans l’organisation paramilitaire (0 S). Là, je lui montrai le texte qu’il fallait taper sur stencil. II se rendit compte alors du contenu des deux pages qu’il était venu reproduire. C’était la “Proclamation au Peuple Algérien, aux militants de la cause nationale”. Une véritable déclaration de guerre et qui portait une date : 1er novembre 1954.

Après avoir lu entièrement le texte, il releva quelque part une phrase incorrecte qu’il proposa de modifier. Conscient qu’il s’agissait d’un document important, et peut-être aussi par discipline, je n’ai pas voulu qu’il retouche quoi que ce soit avant d’aller consulter Krim qui était hébergé à Ait Abdelmoumene, un village à près de six kilomètres du nôtre. J’ai dû m’y rendre et rapporter le feu vert pour les modifications. À la lumière d’une lampe à pétrole, EL Aichaoui tapa les stencils puis nous allâmes chez Idir Rabah pour les tirer à la Ronéo, car chez lui, il y avait Électricité (une des quatre ou cinq maisons à l’avoir au village).

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La maison où a été tiré la déclaration historique du 1er Novembre à Ighil Imoula.

Par ailleurs, il était difficile de tourner la Ronéo sans faire du bruit qui risquait d’être entendu aux alentours. Or, la pièce d’Idir était située au-dessus d’une boutique où l’on veillait souvent tard dans la nuit, il y avait de l’animation. Pour couvrir le bruit de la Ronéo, nous avons demandé à quelques militants de veiller dans la boutique et d’essayer de faire le plus de chahut possible. Et aussi de surveiller les tournées du garde champêtre. Toute la nuit, alors qu’au-dessus de leurs fêtes nous imprimions la Proclamation du 1er » novembre 1954, ils tiraient la tombola et criaient chaque fois qu’ils avaient un numéro gagnant. Ils ignoraient que nous étions en train d’imprimer l’acte de naissance du Front de Libération National. La Proclamation se terminait par : « Quant à nous, résolus à poursuivre la lutte, sûrs des sentiments anti-impérialistes, nous donnons le meilleur de nous-mêmes à la patrie » « Nous », c’était ceux-là. Beaucoup d’entre eux, en effet, ne reviendront jamais. »

Une fois le travail de tirage terminé, Ali Zamoum chargea un militant du village de transporter vers Alger une valise pleine de copies du texte en question et d’en déposer des paquets à des adresses qui lui furent indiquées, en vue de leur diffusion sur le territoire national et hors des frontières de l’Algérie.

Ainsi, par la force des choses et des évènements, et pour avoir été le lieu où fut imprimée la Proclamation du 1er novembre 1954, Ighil-Imoula entre indéniablement dans l’histoire de notre pays.

Construction d’une stèle pour pérenniser cet évènement capital

Pour pérenniser cet évènement d’importance nationale, Ali Zamoum, assisté de quelques compagnons qui ont survécu à la guerre, tels Mohamedi Saad, Achour Mohamed ben Ali et Yantren Chabane, a eu l’idée de faire édifier une stèle sur le lieu même où fut tirée la Proclamation du 1er novembre 1954. II a fallu naturellement, faire appel aux contributions des habitants du village et des natifs d’Ighil-Imoula qui résident dans d’autres agglomérations. La stèle se présente sous la forme d’une bâtisse rectangulaire, qui jouxte la maison des Iddir où fut tirée la « Proclamation ». La stèle s’ouvre sur la grande place du village, « Tizi » où se rassemblent les villageois en diverses circonstances. Sur les murs latéraux de l’intérieur de la pièce, la Proclamation du 1er novembre 1954 est reproduite, en trois langues, arabe, tamazight et français. La bâtisse abrite quelques souvenirs de la guerre de libération ainsi que la machine à écrire et la Ronéo qui ont servi à l’impression du texte historique. Les deux machines ont été récupérées après l’indépendance par Ali Zamoum.

Le monument a été inauguré le 1er novembre 1988 en présence de plusieurs centaines d’hommes, de femmes, et d’enfants de tous âges. Étaient présents, des moudjahidin venus de divers coins de la Kabylie, des personnalités d’Alger, de Tizi-Ouzou et de Dra-El-Mizan, ainsi que de nombreux invités des villages voisins. Ce fut à la fois une fête, mais surtout un émouvant hommage rendu à tous ceux qui se sont sacrifiés pour l’indépendance de notre pays. On rappellera qu’avant l’inauguration de la stèle, le directeur de l’École Supérieure des Beaux-Arts d’Alger, Asselah Ahmed Ben Mohamed a amené une équipe d’étudiants de cette école qui ont embelli la stèle. L’on évoquera avec tristesse que six ans après, soit le 5 mars 1994, Ahmed Asselah et son fils Rabah furent lâchement assassinés par des intégristes, à l’intérieur même de l’ESBA. Martyrs de l’Art et de la Culture, leurs deux noms peuvent être ajoutés à la liste des martyrs de la Révolution.

Depuis 1988, le comité du village d’Ighil-Imoula organise le 1er novembre de chaque armée, une manifestation symbolique à la mémoire des chouhadas et pour rappeler aussi que c’est en ce lieu historique que fut imprimée la Proclamation du 1er novembre 1954. Instant de recueillement au Monument des moudjahidin de Tizi-N’Tléta suivi d’une petite fête à la place centrale du village avec lever du drapeau, des chants de filles et garçons, projection de films, exposition de livres, tableaux et photos à la maison culturelle des jeunes. C’est aussi l’occasion des retrouvailles familiales et conviviales entre ceux qui vivent tout le temps au village et ceux qui sont allés faire leur vie ailleurs. Pour que nul n’oublie et que les nouvelles générations aient des symboles et des repères, ce genre de manifestation ou de rassemblement est à encourager.

Les conditions de vie au village après 1962

Pour rappel, au lendemain de l’indépendance, Ighil-Imoula s’est retrouvé dramatiquement marqué par plus de sept années d’une guerre atroce. Près de 200 de ses meilleurs enfants avaient rejoint l’ALN, la moitié d’entre eux sont tombés au champ d’honneur.

Victimes de représailles incessantes de Parme française, certaines familles étaient allées se réfugier dans les villes. II ne restait que des femmes et des enfants au village, auxquels on avait interdit d’aller travailler dans les champs. Faute de soins, les arbres fruitiers, notamment les figuiers ont péri et la plupart des parcelles de terrain sont tombées en friche. Avant le cessez-le-feu de mars 1962, la population du village était notablement réduite sous les effets d’une guerre implacable qui a détruit, personnes et biens.

À partir de 1963, avec le retour des combattants ayant survécu à la guerre et celui des familles réfugiées en ville, le village a commencé à reprendre vie non sans séquelles et traumatismes d’une lutte armée durant laquelle les forces françaises ont redoublé de férocité. Il fallait néanmoins réapprendre à vivre normalement.

Mais, sachant que les terres arides de Kabylie n’arrivent pas à nourrir les habitants, beaucoup d’adultes d’Ighil-Imoula, y compris d’anciens moudjahidin valides, ont & I se résoudre à aller travailler dans les villes, notamment à Alger, et Tizi-Ouzou, Dra-El-Mizan, Boghni et autres localités plus ou moins proches. Certains pour y vivre en famille pour toujours, d’autres ont laissé femme et enfants au village pour y revenir tous les soirs ou les week-ends.

Une particularité : contrairement à leurs voisins de Cheurfa, Ouadhia, Boghni et Mechtras qui se sont lancés dans le commerce devenu lucratif. Les gens d’Ighil-Imoula, quant à eux, parce que pourvus d’un bon niveau d’instruction acquis avant 1962, ont pour la plupart, opté pour la fonction publique ; ils exercent ainsi des emplois d’encadrement, P. T.T, enseignement, contributions et autres services administratifs.

D’aucuns l’ont regretté, car les fonctionnaires et assimilés sont moins bien payés que dans d’autres secteurs d’activité. À noter cependant qu’une dizaine d’entrepreneurs d’Ighil-Imoula ont créé de petites entreprises, employant quatre à huit jeunes.

Peu à peu, le village s’est repeuplé et en Pan 2010, sa population avoisine 1800 habitants selon les chiffres fournis par l’APC. Elle a pratiquement doublé par rapport à celle des années antérieures à 1950.

Le niveau de vie des villageois s’est beaucoup amélioré depuis les années 1970. La population se nourrit et s’habille mieux ; peu à peu, des commodités sont introduites dans les foyers. L’électricité et l’eau courante sont entrées dans la plupart des maisons et même le gaz de ville depuis 2011. Seules quelques familles aux revenus très modestes en sont privées. La consommation des denrées alimentaires et autres besoins peut se mesurer au nombre d’épiceries qui se sont installées au village, cinq ou six contre une seule, échoppe au demeurant peu achalandée avant 1962. II faut ajouter les achats effectués dans les agglomérations environnantes, telles que les Ouadhia et Boghni où se tiennent d’importants marchés hebdomadaires.

L’aisance dans le mode de vie se remarque aussi dans le nombre de véhicules de toutes marques acquis par les villageois ; certains se sont lancés dans le transport des personnes, rares sont ceux et celles qui vont à pied à Tizi-N’Tléta, chef-lieu de commune situe seulement à 2 km et demi du village. Des navettes assurent à longueur de journée, le va-et-vient vers cette localité ; fini le transport à dos d’âne ou de mulet pratique pendant les années antérieures à 1962.

Sur le plan de l’éducation, on peut dire qu’un énorme progrès a été accompli, quantitativement, comme dans le reste. Du pays. La quasi-totalité des enfants, garçons et filles est scolarisée dans de nouvelles écoles construites au village ou Tizi-N’Tléta ou un lycée a été ouvert il y a quelques années. À ce propos, il est significatif de constater que des mesures « révolutionnaires » ont été prises en ce qui concerne la scolarisation des flutes. Il importe de rappeler que pendant longtemps, elles étaient exclues de l’enseignement. À notre connaissance, il a fallu attendre la fin des années 1920 pour qu’un instituteur, Asselah Mohamed ben Amrane, exerçant à El-Adjiba, wilaya de Bouira admettre ses propres filles l’école. À Ighil-Imoula, le premier à envoyer ses deux filles à l’école du village en 1936, c’est Loualalen Amrane, garde champêtre à l’époque. Elles étaient noyées entre des dizaines de garçons.

La généralisation de l’enseignement s’est traduite par un nombre élevé de bacheliers d’Ighil-Imoula sortant des lycées de Tizi-N’Tléta, Ouadhia et Boghni. Ce nombre s’exprime désormais en dizaines de lauréats, chiffre bien supérieur aux trois bacheliers cites plus haut pour toute la période antérieure à 1954. À noter cependant que les nouveaux bacheliers, surtout à partir du début des années 1980, n’ont pas le niveau de connaissances de leurs ainés. II est également à relever que le nombre de filles diplômées a tendance à être supérieur à celui des garçons, signe d’une émancipation progressive des femmes kabyles.

Cette émancipation a commencé à se dessiner dès le début de la guerre de libération nationale. Par la force des choses et des évènements, les femmes ont été amenées à participer à cette guerre sous différentes formes. Elles ont remplacé le man ou le frère engagé dans les maquis elles les ont ravitaillés tout en gérant le quotidien, y compris les taches qui habituellement sont du ressort des hommes. Elles eurent donc à assumer des responsabilités dans tous les domaines, il s’en est suivi qu’après l’indépendance, elles ont, en quelque sorte, acquis le droit au chapitre et aux prises de décisions au sein des foyers.

Sans doute, subsiste-t-il des survivances de situations inhérentes au poids des coutumes et traditions, mais la femme kabyle n’est plus l’être ou la chose soumise à l’autorité absolue de l’homme. Évolution somme toute normale et naturelle au regard de ce qui se passe dans la plupart des pays.

Pour revenir aux conditions de vie des habitants d’Ighil-Imoula, on peut dire qu’elles se sont nettement améliorées au fil du temps. Il y eut d’abord, rapport de nombreuses pensions de veuves de chouhada et des moudjahidin qui ont survécu la guerre ensuite les salaires des personnes travaillant dans les villes et les administrations locales, ainsi que les revenus de quelques petits entrepreneurs exerçant au village ou ailleurs. À cela, il faut ajouter les retraites en devises d’anciens émigrés, avantages par un change favorable en dinars algériens.

Ces diverses ressources ont permis la reconstruction des anciennes habitations détruites ou endommagées pendant la guerre de libération ainsi que réédification de nouvelles maisons avec un ou deux étages, plus spacieuses et mieux agencées que celles d’avant 1962. Visiblement, on constate qu’il y a, en 2012, des demeures qui n’ont rien à envier intérieurement à celles des grandes villes, tant, pour ce qui concerne l’ameublement, que les multiples commodités introduites par leurs propriétaires.

On déplore cependant que les constructions ont été réalisées sans un urbanisme approprié qui aurait donné au village un aspect général plus agréable à la vue. On a opté pour le béton au détriment des matériaux de l’habitat traditionnel, ceux-ci donnaient un cachet particulier aux anciens villages de Kabylie.

Jusqu’ici, il semble que les occupants des nouvelles « habitations n’ont pas attaché beaucoup d’importance à l’environnement extérieur à leurs demeures. À titre d’exemple, il apparait que personne n’a cédé quelques centimètres au domaine public à tel point que les ruelles du village sont demeurées étroites, poussiéreuses en été et boueuses en hiver. Pour l’instant, seuls la place centrale du village “Tizi” et ses alentours immédiats ont été bitumés.

Certes, la Djemaa ou Comité du village, initie, de temps en temps, des actions de volontariat pour assainir et nettoyer les ruelles ainsi que les sentiers qui mènent vers les champs, mais ces actions pour être plus efficaces ont besoin d’être aidées et encouragées par la commune de Tizi-N’Tléta censée disposer de moyens fournis par l’État.

Les quelques remarques et insuffisances ci-dessus soulignées n’effacent pas le sentiment que par rapport à l’avant 1962, des progrès réels ont été réalisés à Ighil-Imoula quant aux conditions de vie de la population. Cela ne veut pas dire que “tout est pour le mieux” pour l’ensemble des habitants du village. Des poches de misère existent encore, notamment parmi les femmes âgées et sans soutien et les personnes ne disposant que d’un très faible revenu. À cela, s’ajoute le problème des jeunes, de plus en plus nombreux, qui sortent des écoles avec ou sans diplôme. Ils sont naturellement guettés par l’oisiveté “mère de tous les vices” : certains cèdent d’ailleurs, à l’usage de produits stupéfiants. D’aucuns ne songent qu’à quitter le bled pour l’étranger, ignorant, que non seulement, il n’est pas facile d’obtenir un visa, mais que même s’ils parviennent rejoindre la France, le Canada ou d’autres pays, il n’est pas sur ni évident qu’ils y trouvent “l'Eldorado” de leurs rives.

II appartient naturellement aux pouvoirs publics de se pencher sur ces problèmes de la jeunesse et de trouver des solutions afin d’empêcher les jeunes de céder aux comportements malsains ou à la tentation de fuir leur pays.

L’État a suffisamment de ressources pouvant générer des moyens pour encourager davantage, la formation des jeunes, l’acquisition d’un savoir de niveau universel, la création d’unités de production et l’ouverture de grands chantiers (initiation de toutes formes d’actions pour offrir des emplois aux jeunes, leur permettre de s’épanouir et de mener une vie décente chez eux.

Cependant, il ne faut pas attendre tout de l’État. Les jeunes doivent compter principalement sur eux-mêmes. À ceux d’Ighil-Imoula auxquels cet essai monographique est dédié, on voudrait leur dire que la réussite est généralement le fruit du travail, de l’effort, du sérieux et de la persévérance.

S’instruire, se former, apprendre, toujours apprendre sont des atouts essentiels pour la promotion sociale.

Aux générations montantes de notre village, on aimerait également suggérer de cultiver l’esprit d’organisation et d’entreprise, de s’assembler autour de la Djemaa ou Comité du village pour des actions d’entraide et de solidarité visant le bien-titre et l’intérêt de toute la population d’Ighil-Imoula.

On restera ainsi, fidèles aux valeurs léguées par les anciens tout en honorant, et en rendant hommage à tous les enfants du village et leurs descendants qui se sont sacrifiés, avant et pendant la guerre de libération. Le devoir de mémoire commande de ne pas les oublier en continuant à célébrer chaque armée le 1er » novembre 1954, sur la place centrale du village.

Pour la consécration du village en tant que Patrimoine national, “Haut lieu de Mémoire et d’Histoire”

  • Pour avoir été en tout temps, un lieu de lutte et de résistance aux invasions étrangères ;

  • pour avoir été l’un des premiers foyers du nationalisme et du militantisme engagé, dès les années 1930 ;

  • pour avoir abrité un évènement capital, l’impression à la Ronéo, de la fameuse Proclamation du 1er novembre 1954 ;

  • pour avoir fourni près de 200 combattants à l’Armée de Libération National — ALN dont une centaine est tombée au Champ d’honneur ;

  • pour avoir, enfin, subi, les affres, les souffrances et les répressions de toutes sortes de la part de la puissance coloniale,

le village d’Ighil-Imoula mérite d’être consacré, “Patrimoine National”, “Haut lieu de Mémoire et d’Histoire”.

Un dossier dans ce sens a été constitué par le Comité du village ; il a reçu l’aval du wali de Tizi-Ouzou, à la fin de l’année 2011, selon le secrétaire local de l’ONM.

Ce dossier a été transmis au Ministère de la Culture. La décision finale est attendue des Autorités concernées.

Nous pouvons visionner la conférence donnée par l’auteur de cet article au CRASC

Conférence de M. Ramdane Asselah au Crasc

Ramdane ASSELAH né le 11-04-1926 à Ighil-Imoula

Ancien membre du PPA-MTLD puis de l’Organisation Secrète

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