Les slogans des porte-voix de la nouvelle révolution populaire algérienne « HIRAK » – Quand la revendication et la dénonciation des maux sociopolitiques jouent avec les mots

The slogans of the spokespersons of the new Algerian popular revolution "HIRAK" - When the claim and the denunciation of socio-political evils play with words

شعارات‭ ‬الناطقين‭ ‬باسم‭ ‬الثورة‭ ‬الشعبية‭ ‬الجزائرية‭ ‬الجديدة‭ ‬‮«‬الحراك‮»‬‭ - ‬حينما‭ ‬تلعب‭ ‬‭ ‬الكلمات‭ ‬بلمطالبات‭ ‬والاستنكارات‭ ‬السوسيواجتماعية

Nabila Bestandji

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Nabila Bestandji, « Les slogans des porte-voix de la nouvelle révolution populaire algérienne « HIRAK » – Quand la revendication et la dénonciation des maux sociopolitiques jouent avec les mots », Aleph [En ligne], mis en ligne le 13 novembre 2021, consulté le 28 janvier 2022. URL : https://aleph-alger2.edinum.org/4870

Dans cet article, nous voudrions nous intéresser aux slogans de la nouvelle révolution populaire, appelée aussi pour bien des raisons : la révolution du sourire ; le HIRAK . Nous verrons quelles sont les revendications portées par ces porte-voix en nous intéressant particulièrement aux figures de style enrôlées dans la matérialisation d’un bon nombre de jeux de mots et de parodies largement constatés dans notre corpus.

في هذا المقال نود أن نركز على شعارات الثورة الشعبية الجديدة ، والتي دعت أيضًا لأسباب عديدة : ثورة الابتسامة ؛ الحراك. سنرى ما هي الادعاءات التي قدمتها مكبرات الصوت هذه ، مع إيلاء اهتمام خاص لأرقام الكلام المدرجة في تجسيد عدد كبير من التورية والمحاكاة الساخرة التي لوحظت على نطاق واسع في مجموعتنا.

In this article, we would like to focus on the slogans of the new popular revolution, also called for many reasons : the smile revolution ; the HIRAK. We will see what are the claims made by these megaphones, paying particular attention to the figures of speech enlisted in the materialization of a good number of puns and parodies widely observed in our corpus.

Introduction

Depuis le 16 février 2019, un élan populaire s’est abattu sur l’Algérie. Ses rues ont été envahies quotidiennement par des milliers de personnes de tout âge et de tout sexe qui sont venus protester contre la candidature, pour un cinquième mandat, du président Abdelaziz Bouteflika1 aux élections présidentielles de 20192. Ayant acquis cette doléance au bout de quelques semaines le peuple a continué à marcher pour protester contre la décision prise par la présidence de reporter les élections présidentielles et de prolonger le quatrième mandat du président sortant par la promulgation d’une nouvelle constitution3. Refusées par le peuple, les décisions prises par le gouvernement se sont vues rejeter les unes après les autres attisant ainsi la colère et la volonté du peuple à s’opposer plus fermement à toute proposition émanant du camp présidentiel. En avril 2019 Bouteflika a été contraint de démissionner et le 4 juillet 2019, les élections ont été finalement annulées, néanmoins, revers de médaille, le pays a été mis sous la coupe du général Gaid Salah, chef d’état-major de l’armée populaire algérienne, lui-même rejeté par une grande partie de la population.

Décédé brusquement, le pouvoir s’est déplacé vers le chef de l’État par intérim Abdelkader Bensalah. Actuellement c’est Abdelmadjid Tebboune qui est à la tête du pays après avoir remporté au premier tour l’élection présidentielle du 12 décembre 2019. Malgré ces manœuvres politiques vertigineuses qui visaient à trouver une solution rapide à la situation politique du pays, le scrutin a été marqué par des manifestations massives ainsi que par un taux d’abstention record de la part de la population qui a refusé de prendre part à ce qui leur semblait être la continuité de l’ancien pouvoir. Des marrées humaines ont envahi les rues du pays4 créant un mouvement d’une ampleur inédite depuis les événements du 5 octobre 1988. En effet, depuis deux décennies (et plus particulièrement depuis la prise de pouvoir de Bouteflika en 1999) l’Algérie n’a pratiquement jamais connu un tel élan de contestation, qui réunissait toutes les régions d’Algérie, surtout que les rassemblements avaient été interdits dans la capitale depuis 2001 pour des raisons sécuritaires. Criant leur ras-le-bol et leur opposition à ce qui leur paraissait être un abus de pouvoir, le peuple s’est muni de pancartes exhibant les doléances et les messages qu’il voulait adresser aux présidents sortant et actuel ainsi qu’aux membres de leurs gouvernements.

Dans cet article, nous voudrions nous intéresser aux slogans de la nouvelle révolution populaire, appelée aussi pour bien des raisons : la révolution du sourire5 ; le HIRAK6. Nous verrons quelles sont les revendications portées par ces porte-voix en nous intéressant particulièrement aux figures de style enrôlées dans la matérialisation d’un bon nombre de jeux de mots et de parodies largement constatés dans notre corpus. Afin d’arriver à cela, nous inscrivons notre contribution en pragmatique et plus précisément en analyse argumentative des discours en situation de crise. Ce positionnement théorique nous donnera la possibilité non seulement de comprendre les slogans dans leur contexte social et historique, en tenant compte du dispositif énonciatif dans lequel ils ont été produits, mais aussi nous offrira les outils nécessaires afin de les comprendre, et cela en nous fournissant toute la terminologie et l’outillage de la rhétorique qui nous aidera à extraire et saisir les figures de style employés dans ces énoncés7. Nous exploiterons un corpus de 264 photographies réunies lors des manifestations8 et cela depuis le début des marches. Notre approche sera empirico-inductive décrite comme suit : « Le mode inductif « consiste à aborder concrètement le sujet d’intérêt et à laisser les faits suggérer les variables importantes, les lois, et, éventuellement, les théories unificatrices » (Beaugrand 1988 : 8).

1. Les slogans : définition, caractéristiques et formulations

Selon le Merriam-Webster’s Collegiate Dictionary

« le mot « slogan » est une variante de « slogorn », qui prend son origine de la langue celtique de l’Écosse de la fin du Moyen-Âge. Il vient de sluagh-ghairm dont sluagh signifie army/war (armée, guerre) et ghairm signifie cry (pleurer, crier). Sluagh-ghairm désigne, donc, le cri de guerre des combattants écossais avant de s’élancer au combat ayant pour but de les encourager à lutter et à effaroucher les ennemis. Ce mot est utilisé pour la première fois en 1513. »9.

D’un point de vue structurel, les slogans apparaissent comme des formules courtes qui peuvent se présenter sous diverses formes, ils peuvent aller du simple mot, au syntagme et à la phrase. Du point de vue de sa construction,

« le slogan constitue l’énoncé qui, par sa forme, aussi bien que par ses effets illocutoires, se rapproche le plus du proverbe (…) Il existe toutefois, des différences avec le proverbe. En effet, si ce dernier est cité de façon sporadique dans le discours selon les besoins et à l’initiative du locuteur, l’emploi du slogan est planifié, régulier et massif. Il manque aussi de la pérennité qui constitue un des principaux traits définitoires du proverbe : le slogan a une espérance de vie limitée, correspondant à celle de l’idée ou du produit auxquels il s’attache. » (Navarro Dominguez : 2005 : 270)

Ajouté à cela, le slogan doit recourir : « aux mêmes procédés stylistiques que dans le proverbe : structure binaire, rythme, rime […] allitération ou du paradoxe. » (Navarro Dominguez : 2005 : 270).

Employés souvent dans le monde publicitaire, les slogans ont toujours fait partie de notre quotidien, certains, même arrivent à s’incruster dans nos esprits au point de les réemployer en polyphonie lors de discours ordinaires. Clins d’œil courts et condensés, les slogans portent des idées, des incitations que le destinataire du message doit intégrer. La preuve de leur efficacité dans le monde publicitaire les a rendus indispensables dans l’univers politique et la propagande de masse (Navarro Dominguez : 2005 : 266). En effet, ces derniers et depuis longtemps se sont nourris et se sont servi de la puissance de ces brèves accroches qui résument des idées formulées comme des appels à l’action. Nombre de victoires ont été raflées grâce à la mobilisation des peuples réunis sous la même bannière de ces discours incisifs. Leur martèlement et leur reprise par le peuple font d’eux des rengaines qui accompagnent, le temps du mouvement, les actions politiques et populaires des personnes qui les scandent10.

La force des slogans peut être due à leur taille, en effet, ces derniers doivent être concis tout en étant capables de synthétiser l’idée ou la revendication. Quelques mots suffisent pour propulser le slogan et le rendre viral. Les slogans apparaissent, donc, comme des discours simplifiés, des mots d’ordre ou des consignes11 qui galvanisent, captent l’attention, motivent les foules en résumant les pensées et les intentions de ceux qui les émettent. En effet ces dernières sont condensées dans des accroches travaillées formant des formes prédéterminées (soit comme forme directe ou jeux de mots indirects) par les énonciateurs devant exprimer des positionnements, des revendications, des pensées, des envies, des doléances ou des solutions proposées à ceux à qui les slogans sont destinés. Grunig (1990) définit le slogan comme suit :

« Une formule frappante [dont] la force […] peut aussi résider dans son caractère ludique. La publicité, qui multiplie les jeux de mots et les allusions, en fait un emploi massif, mais le slogan politique en use aussi largement. Une formule dont le pouvoir d’incitation excède toujours le sens explicite fait penser à la force de frappe du slogan qui ne se limite pas cependant aux jeux formels qui offrent une prime de plaisir. Si le slogan agit sur le public, c’est parce qu’il l’amène à activer des significations implicites qui s’appuient sur un savoir commun et des croyances partagées. [le slogan] puise sa force de persuasion et de séduction dans ce qu’il exprime entre les lignes plus que dans ce qu’il pose explicitement. ». (Grunig 1990 )

Générer des images fortes, parlantes et unificatrices, tels sont les ambitions des mots employés encapsulés dans ces énoncés. Lors des manifestations, la force des slogans peut aussi être décuplée par le pouvoir des mots enrôlés à travers l’usage des métaphores, des allégories, mais aussi et surtout de l’humour, des jeux de mots, du rythme qui les habite, de leur musicalité de l’ironie et parfois de l’absurdité qui donnent une autre dimension aux slogans ; en effet, ces derniers se démarquent par leur caractère dédramatisant, mais néanmoins focalisant et conscientisant sur la situation pointée du doigt. Leur particularité fait qu’ils font réfléchir tout en évitant la confrontation directe ; c’est cette idée que l’on retrouve chez Bouillon12 :

« Ces manifestations-là sont un cri de la population qui dit : on est là. Il y a quelque chose de festif et, ultimement, de positif dans ces démarches-là. Je pense que l’humour est l’élément numéro un pour dédramatiser des situations et pour passer des messages de façon moins confrontante. ».

Cette dimension, non guerrière et apaisée lors des manifestations de 2019 a été largement saluée à travers les médias du monde qui n’ont pas manqué de spécifier cela à plusieurs reprises dans leurs interventions ou leurs articles. En effet, aucun heurt, aucune casse, aucun mort, n’ont été signalés jusqu’à présent, ce qui rend compte encore une fois du caractère atypique de la révolution populaire algérienne de ces deux dernières années. Dans notre travail, nous allons aussi essayer de voir comment ces slogans ont joué ce rôle d’inhibiteur, de débrayeur et de réducteur de tensions en imposant une certaine atmosphère apaisée et pacifiste lors des manifestations.

2. Les figures de style comme arguments d’éloquence rhétorique des slogans

Les figures de style sous toutes leurs formes trouvent dans les slogans des théâtres propices aptes à accueillir la fantaisie et la pertinence de leur occurrence. Ces derniers sont employés pour plaire, promettre, annoncer, rendre un discours plus expressif, plus frappant, etc. tout en prenant soin de soigner l’aspect esthétique de la formule qui les porte. En son sein les figures donnent le rythme, créent une complicité avec l’autre qui est invité à déchiffrer l’énigme ; comme des clins d’œil, ils aguichent tout en restant fidèles à leurs fonctions primaires, celles de dire, de dénoncer et de revendiquer, c’est cette idée que l’on retrouve chez Fromilhague lorsqu’elle déclare que : « Les figures sont […] reconnues dans leur valeur argumentative et explicative » (1995 : 11). En effet, loin d’être une simple fantaisie ou un ornement du discours la figure engage non seulement, la signification de l’énoncé puisque « par elle, « l’effet de sens produit ne se réduit pas à celui qui est normalement engagé par l’arrangement lexical et syntaxique occurrent » (Molinie : 1992 : 152). Mais également une fonction poétique innée, très présente dans les slogans en tous genres, qui apparait comme l’une des caractéristiques majeures de cette dernière et qui est repérable « dès que le signifiant importe autant que le signifié, dès que le contenu du message est inséparable de sa forme. […] : tout slogan est rhétorique. » (Navarro Dominguez : 2005 : 275)

Partant de cette perspective, nous reprendrons nous-mêmes cette réflexion et nous observerons les slogans comme des formulations frappantes ayant des buts rhétoriques13 qui usent d’éléments divers afin de capter l’attention, de séduire voire et de persuader le plus de monde possible dans un temps limité. Pour une meilleure visibilité, nous classerons les figures de style selon la quadripartition proposée par : Catherine Fromilhague. Cette classification suit le modèle suivant : « figure de diction, figures de construction, figures de « mots », - ou tropes - et figures de pensée […] les trois premières catégories (dites figures micro-structurales)14 et la dernière catégorie des figures de pensée (dites figures macro-structurales)15 » (Fromilhague : 1995 : 8).

De manière globale, cette classification regroupe les figures de style comme outils d’expressions d’art discursif opérant sur trois niveaux : le sens, la sonorité ou (attention ou introduit un choix et non une adjonction) leur position dans l’énoncé. Leur emploi est totalement dépendant de la volonté de l’énonciateur, qui, agissant en maitre du discours, entreprend d’imbiber ses dires de sens ou d’émotions, décidant de ce fait du choix de ces derniers selon l’impact recherché sur l’interlocuteur séduire, convaincre, faire réagir, faire adhérer, « modifier son système de croyances et/ou son attitude comportementale. » (Kerbrat-Orecchioni 1980 : 84)). Nous l’aurons compris les figures de style adoptent des manières douces et ludiques enrobant les jeux de mots afin de marquer les esprits ; cette manière d’être les aide à créer un impact et faire écho chez les énonciataires. Nous observerons dans ce qui suit dans ce qui suit observer leur emploi et les revendications visées grâce à elles.

3. Les figures de la révolution pacifiste algérienne

Pour une meilleure lisibilité, nous avons divisé notre corpus en quatre tableaux suivant les différents types de figures énumérées supra, nous y mettrons : les figures de style, les exemples sélectionnés pour l’étude ainsi que leurs traductions/explications. Nous procéderons par la suite au commentaire de nos observations. Les colonnes mises en gris signifient qu’une catégorie possède plusieurs sous-catégories.

3.1. Les figures de style micro-structurales

3.1.1. Les figures de diction

Ces figures englobent des figures de modification de mots qui sont essentiellement des « formes de néologismes liés à des phénomènes d’adjonction, de suppression ou de permutation qui peuvent affecter les phonèmes, graphèmes, ou groupe syllabique » (Fromilhague : 1995 : 22), ou des figures de continuité phonique qui constituent l’une des formes de répétition Où « la chaine de mots est appréhendée comme une suite d’objets sonores et musicaux qui impriment généralement un rythme à l’énoncé (…) » (Fromilhague : 1995 : 23)

Table N° 1. Les figures de diction

Les figures de diction

Nom et description de la figure

Exemple et explication de figure

Par modification du mot

L’aphérèse : Figure qui implique la perte d’un ou plusieurs phonèmes au début d’un mot.

« tansyou ! ! touche pas à mon Algérie ! ! ! » (tansyou est ici une déformation du mot attention, elle imite d’une manière humoristique la façon de parler des personnes qui ne maitrisent pas la langue française)

L’apocope : Figure qui consiste à scinder la fin d’un mot en enlevant un ou plusieurs phonèmes.

Boutef ! si un jour tu quittes ce monde, évite le colonel Amirouche dans l’autre… (Le colonel Amirouche est l’une des figures emblématiques de la révolution algérienne)

L’épenthèse : Consiste dans le fait de changer la prononciation d’un mot en y glissant un phonème qui n’a aucune raison d’y être. Le but recherché est soit rythmique ou humoristique.

Filez (détournement de la marque Fila) - Voleurs (détournement du logo Volvo) - Samtine (détournement du logo Samsung ou dire : embêtant / agaçant) - Nullité (détournement du logo Nutella) - InKappables (détournement du logo Kappa) - BouNETFLIXka – Saison 5 annulée (Ce slogan amalgame le nom de Bouteflika avec le service de vidéo à la demande NETFLIX afin de signifier que les mandats de l’ancien président ne sont qu’une série auquel le peuple ne veut plus s’abonner / suivre)

Le mot-valise : Cette figure résulte de la fusion d’éléments empruntés à deux mots, elle est donc une sorte de collage formel et sémantique. « Ce sont des formes liées à des phénomènes d’adjonction, de suppression ou de permutation qui peuvent affecter phonèmes, graphèmes, ou groupe syllabique » (FROMILHAGUE : 2017 : 22) Les mots-valises sont à la tête de créations lexicales fantaisistes (néologismes) et ludiques qui peuvent se manifester sous les traits de mots inventés ou au niveau du sens.

La maladie l’algéritite due à une bactérie bouteflikacoque – CAT : ATB – (peupliciline) 45g chaque vendredi (Slogan qui imite le langage médical afin de signifier que Bouteflika est une bactérie qui cause une maladie que seul le peuple peut soigner).
Boutef HAK FINGER (Détournement de la marque Tommy Hilfiger pour dire : tien un doigt/ faire un doigt, geste considéré comme un signe d’hostilité).
Bouteflesqa – Eleska li telsek sompiti (Bouteflesqa la colle qui colle sans pitié – ce slogan signifie que l’ancien président s’accroche à son poste comme une colle).
Le virus Bouteflikanium est de retour, protégez-vous avec le Hirakium (Slogan qui reprend la terminologie médicale pour désigner Bouteflika comme un virus duquel on doit se protéger grâce au Hirak).
Gouvernement Guilty Boutexit (Ce slogan détourne le slogan anglais : Gouvernement Guilty Brexit, qui a été scandé lors du Brexit, le « Br » a été remplacé par Boutef pour lui demander de sortir « exit »).
Chaque semaine nous vendredirons (Le mot vendredirons a été inventé pour affirmer que le peuple ira marcher tous les vendredis).
Tu bouffes du Kachir ? Tu es Kachiriste, tu es VIRE ! ! ! (Le Kachir est un pâté à bas prix qui a été servi dans des sandwichs aux partisans du parti politique FLN lors d’un meeting donné par les membres du gouvernement).
Non à Buddha-Flika (Ce slogan loin de montrer la sagesse de l’ancien président s’est plutôt axé sur la posture de buddha : statique et sans mouvements).
Non à Abdelaziz Kabila (Ce slogan est un clin d’œil, il amalgame Bouteflika à l’ancien président dictateur du Congo Laurent Kabila).
J’espère en finir avec l’éternullité. (Ce slogan met en avant l’éternelle nullité de l’ancien gouvernement).
L’Algérie est insississable (Ce slogan amalgame le mot : insaisissable et le patronyme Sissi relatif à l’homme militaire et président de l’Egype. Ce slogan prône le rejet de la population et de l’Algérie de la main mise militaire dans la gestion du pays).
Miss Lahram 2019 (Miss illicite 2019 – Ce slogan destiné à Ahmed Ouyahia reprend une insulte en langue Kabyle : mislahram qui veut dire : fils du péché).

Par continuité phonique

L’allitération : Répétition de consonnes dans un énoncé

La soumam la ivyan nouvambar houwa albayan (Ni Soumam ni Evian, Novembre est la déclaration).

L’assonance : Répétition de voyelles dans un énoncé

Chantons sous la pluie - one two tree viva l’Algérie (Ce slogan est une reprise de la comédie musicale de 1952 (première partie du slogan) avec le rajout de la fameuse devise scandée par les supporters de l’équipe nationale, mais aussi lors d’autres manifestations non sportives : 1, 2, 3 vive l’Algérie).

L’homéotéleute : Cette figure consiste dans le fait de répéter un son (voyelle, consonne ou ensemble de sons) à la fin de plusieurs mots successifs

Berd chta kharjin kharjin (froid pluie nous sortons, nous sortons).
Boutelsi9a Eles9a li telse9 (Boutelsika la colle qui colle).
Ata2jil, at3dil, ara7il (Report, ajustement, départ – Ce slogan décrit les étapes que le gouvernement va suivre (selon le peuple)).
Ya Didouche ya 3mirouche ljazair klawha lew7ouch (Oh Didouche, Oh Amirouche l’Algérie a été mangée par des monstres – Ce slogan est un appel aux anciens moudjahidines : Didouche Mourad et le colonel Amirouche, deux symboles de la libération nationale).
La li houkoumat el fasidine la litijaret el cocaïne (Non au gouvernement des mafieux non au commerce de cocaïne – Ce slogan fait référence aux affaires qui ont incriminé le fils de l’actuel président Abdelmajid Tebboune poursuivi pour « trafic d’influence », « corruption » et « perception d’indus cadeaux » dans l’affaire de Kamel Chikhi accusé lui-même de trafic de cocaïne à haute échelle16).

La paronomase : Rapproche des mots qui ont des sonorités identiques ou similaires. Ces mots peuvent être des homonymes ou des paronymes

Poutine ricane Bensalah chicane (Ce slogan fait référence à la rencontre du président Poutine avec Bensallah en marge du sommet Russe-Afrique tenu dans la ville de Sotchi, durant cette réunion le chef d’État intermédiaire algérien a assuré à son homologue russe que les marches en Algérie étaient maitrisées et qu’elles ne concernaient qu’une petite partie de la population, ces propos ont fait sourire le président russe et ont mis en colère la population algérienne).
On ne veut pas de Iben Salah (Fils de Salah – Ce slogan insinue que Ben Salah est le fil / progéniture / disciple de Gaid Salah).
Cha3b Camel rah dedkom (La pancarte reprend le packaging de la marque de cigarette Camel – le mot Camel veut dire en algérien tout, dans ce slogan la traduction littérale est la suivante : tout un peuple est contre vous).
Haniwna N’haniwkom (La pancarte reprend le packaging de la boisson alcoolisée Heineken - Laissez-nous en paix nous vous laisserons en paix.
Rat le bol (Le mot ras a été remplacé par : rat qui est un rongeur sale, un nuisible que l’on doit généralement éradiquer).
Mal barré – votre système nuit gravement à notre santé (Détournement de la marque et du packaging du paquet de cigarettes Marlboro pour insinuer que les gens du gouvernement sont en mauvaise posture face au peuple).
Après l’application de l’article sans 2 on demande l’application de l’article sans eux (Ici un jeu de mots est à noter les Algériens veulent l’application de l’article 102 et cela sans les membres du système à savoir : Gaid Salah et Ben Salah).

L’onomatopée : Figure de style formée par un procédé phonétique qui imite un son produit par un être vivant ou un objet.

Yes we can toz you can’t (Cette formule fait référence au slogan de l’ancien président américain Barak Obama. En effet, ce dernier a scandé : YES WE CAN lors de sa campagne présidentielle de 2008, cette phrase a fonctionné comme un leitmotiv qui l’a suivi jusqu’à son élection. Sa reprise par le peuple est une manière de dire : oui nous pouvons et « toz » (son de flatulence) vous (le système) vous ne pouvez pas arriver à vos fins).

Au niveau des figures de dictions, les jeux sonores ont été mis en avant par les manifestants qui, sans doute, conscients de la gravité et de l’importance de la situation ont apparemment pris le parti d’affronter le gouvernement avec beaucoup d’humour, de sous-entendus et de détournements. En effet, cette révolution hors norme a préféré exhiber un visage souriant, mais déterminé non seulement au régime, mais aussi au monde curieux du caractère atypique de ces manifestations. Les slogans pleins de rimes et de jeux de mots ont travaillé à dire, mais aussi à insinuer la nécessité de changer de régime, de ne pas accepter la relève que voulait imposer les agents du gouvernement, que le salut ne peut venir que du peuple et que la lutte allait continuer tant que les autorités en place s’entêtent à rester au pouvoir.

Aphérèses, épenthèses, mots-valises, allitérations assonances, homéotéleute, paronomases et onomatopées ont été retrouvées dans notre corpus ; la plupart d’entre eux ont été enrôlés afin d’exprimer l’insistance des manifestations et leur détermination à vouloir continuer la lutte face au régime, mais aussi leur volonté claire à vouloir maintenir leurs revendications (refuser le cinquième mandat de Bouteflika, refuser l’ingérence de l’armée dans le choix du prochain président, etc.). Les slogans exhibés avaient aussi pour but de diminuer de la valeur de la personne nommée (en l’occurrence Bouteflika) en le désignant par le diminutif : Boutef qui avait probablement comme visée de réduire de sa personne et du respect que les citoyens doivent habituellement à leur chef d’État.

Aussi, nous pouvons constater dans ces figures un bon nombre de tournures qui ont eu pour mérite de donner du rythme aux slogans ce qui a augmenté leur impact en leur attribuant un caractère chantonnant pouvant rendre les formules plus accrocheuses (Berd chta kharjin kharjin, Boutelsi9a Eles9a li telse9). À côté de cela, nous avons aussi constaté un nombre important de jeux de mots reprenant certaines marques comme Fila, Volvo, Nutella, etc. que les manifestants ont travesti dans le but de dénoncer le régime en place. Grâce à ces manœuvres leurs auteurs ont pu non seulement nommer, mais aussi qualifier les personnes qu’ils incriminent de : voleurs, nullités, incapables, etc. de plus et dans la même optique de dénonciation beaucoup d’autres détournements ont investi le terrain des publicités (Marlboro, Heineken, Camel, etc.) pour exprimer non seulement le rejet du peuple, mais aussi la nocivité du système. Un nombre important d’amalgames a de ce fait été retrouvé ; amalgames qui ont donné naissance à des néologismes toujours orientés vers deux pôles opposés : celui du mal (émanant du pouvoir et de ses suiveurs) souvent incarnés en la personne de l’ancien président vu comme un bacille : Boutelikacoque, une colle : Bouteflesqa, une maladie : Bouteflikanium, ou un personnage statique : Bouddha-flika ; et celui du contrepouvoir devant agir dessus grâce à la peupliciline, le Hirakium ou l’action de vendredire et cela afin de protéger l’Algérie des éventuels scénarios catastrophes comme ceux vécus par d’autres pays considérés comme dictatoriaux (comme l’Égypte ou le Congo). Grâce à ces tournures, les manifestants ont rejeté : l’éternullité en affirmant qu’ils étaient : insississables, clin d’œil assez clair aux dirigeants militaires qui voulaient se saisir des rênes de la révolution et mettre fin au Hirak.

D’autres slogans ont fusionné deux idées celle de la nécessité d’appliquer l’article 102 de la constitution et de repousser les gens du système : Bouteflika, Gaid Salah / Ben Salah. L’emploi des suites énonciatives : sans 2 / sans eux ont eu pour mérite de sous-entendre le référent : 102 en rapprochant son signifiant avec celui employé dans les exemples supra.

Le rapport de force entre manifestants et militaires s’est aussi manifesté dans les pancartes portant les inscriptions : « on ne veut pas d’Iben Salah ». En effet, le [i] rajouté à Ben, apporte un sens appuyé de : fils à Salah, patronyme de l’ancien chef de l’État-major algérien Gaid Salah ; ce qui revient à dire que le peuple rejette ce qu’il estime être la progéniture du chef militaire qui, selon lui, n’est qu’une façade qui ne fera que répéter et perpétuer les actes de l’ancien régime.

3.1.2. Les figures de construction

Ces figures englobent toutes les formulations ayant une particularité morpho-syntaxique. Ce sont des « figures géométriques opposées sur la transparence du langage » (Ducrot O et T. Todorv : 1979).

Table N° 2. Les figures de construction

Les figures de construction

Nom et description de la figure

Exemple de figure

La répétition

L’épitrochasme : Énumération et accumulation : Figure d’amplification, qui donne du rythme à l’énoncé produit. Elle est constituée d’une suite / énumération de termes brefs de même catégorie, de même nature grammaticale ou de sens proche.

Wanted – Le con – l’abruti- le truand (Ce slogan est une reprise du célèbre film : le bon la brute et le truand, un western de 1966. Cette formule accompagne une affiche où le con désigne l’ancien patron de l’UGTA (Sidi Said), l’abruti désigne Ali Haddad (Homme d’affaires) et le truand désigne Said Bouteflika (frère de l’ancien président).

Le parallélisme ou hypozeuxe : répétition et apposition de deux structures syntaxiques identiques.

Nous sommes la vie, nous sommes l’Algérie.
Peuple connecté, système déconnecté (Ce slogan fait référence au lien solide tissé par le peuple à travers toutes les régions du pays).

L’anaphore rhétorique : Répétition d’un mot ou d’un groupe de mots au début de plusieurs énoncés qui se suivent.

5eme mandat, 5eme fawda (5eme mandat, 5eme débandade).
Nation, nation, nation, ils se sont emparés du mot, mais pas du sens (Ce slogan montre que le peuple est persuadé que le système ne connait pas la valeur du mot nation).

Watani khir men cheb3at batni, Watani khir men el frach el 9otni, ta7ya el jazair (Mon pays, mieux que mon ventre rassasié, mon pays mieux que le lit molletonné, vive l’Algérie)

Ana chawi, Ana 9bayli, Ana tergui, Ana 3arbi, Ana mzabi, Ana jazairi (Je suis chawi, je suis kabyle, je suis tergui, je suis arabe, je suis mozabite, je suis algérien) – Ce slogan vient briser les idées de division, que voulait imposer le système, entre les différentes communautés du pays.

3achriya bayda, silmiya, silmiya (Dizaine blanche, pacifiste, pacifiste) - Ce slogan fait référence aux marches entreprises par le peuple qui ne voulait surtout pas recourir à la violence et aux confrontations avec les forces de l’ordre.

Watani, watani, watani touma watani (Mon pays, mon pays, mon pays puis mon pays) – Ce slogan met en avant la priorité du peuple : Le pays.

L’épiphore : Consiste à « placer le même mot ou groupe à la fin de deux ou plusieurs membres de phrase ou phrases » (DUPRIEZ, 1984 : 46). Elle est utilisée pour créer un effet rythmique

Berd chta rana kharjin, kharjin. (Froid pluie nous sortons, nous sortons)

L’antépiphore : Répétition d’un groupe de mots au début et à la fin d’un paragraphe

Partez partez, pas de dialogue, partez partez !

L’épanadiplose : Cette figure consiste en la reprise à la fin d’une phrase du même mot que celui utilisé en début de phrase.

Leave means leave (Partez veut dire partez) - Ce slogan reprend la formule de l’organisation politique du Royaume-Uni eurosceptique et pro-Brexit qui a fait campagne pour que le pays quitte l’Union européenne en 2016. Ce slogan a été repris pour demander le départ du système Algérien.

Tera7lou ya3ni tera7lou (Partez veut dire partez)

Watani, watani, watani touma watani (Mon pays, mon pays, mon pays puis mon pays)

L’épanalepse : L’épanalepse consiste en la reprise d’un groupe de mot au début d’une proposition.

Aw jay, Aw jay el 3isyan el madani (Elle arrive, elle arrive la désobéissance civile) – Ce slogan a été scandé lors du 24ème vendredi après le refus par l’armée de prendre des "mesures d’apaisement", maintenant ainsi un imposant déploiement policier.

La tamdid la tamdid yas9ot bedwi wa said, La tamdid la tamdid nebnou blad men jdid, La tamdid la tamdid echa3b faye9 ou 3nid (Pas de prolongation, pas de prolongation, tombe Bedwi et Said, pas de prolongation, pas de prolongation, on reconstruit le pays de nouveau, pas de prolongation, pas de prolongation, le peuple est réveillé et têtu)

L’anadiplose : Est une figure qui consiste dans le fait de répéter un mot de la fin d’une phrase ou d’une proposition au début de la suivante.

Get up stand up. Stand up for your rights (Lève-toi, lève-toi défend tes droits) - Ce slogan est une reprise de la chanson mythique de Bob Marley ; cette chanson demande au peuple de se lever, de combattre l’oppression et de demander ses droits) 

La concaténation : Cette figure consiste à mettre bout à bout des morceaux de phrases afin de constituer une chaîne.

L’Algérie n’est pas pour vous, vous qui avez martyrisé le pays, pays des 1 million et demi de chahides (Martyrs)

It’s time ! ! Time of the final countdown (Il est temps, il est temps pour le dernier compte à rebours) – Ce slogan est la reprise d’une célèbre chanson Rock des années 80, elle insinue que le compte à rebours est lancé et que le moment est venu pour les anciens du système de quitter la scène politique)

Le polyptote : Utilisation de plusieurs variantes flexionnelles du même mot

Je vote, tu votes, il vote, nous votons, ils profitent (Ce slogan fait référence à toutes les occasions données par le peuple au gouvernement lors des précédents votes afin de changer les choses, mais leur constat observé reste le même : ils profitent sur le dos des Algériens)

La dérivation : Figure qui consiste à employer, dans un même énoncé, des mots dérivés de la même racine.

Libérez la liberté

Nous sommes un régiment contre le régime, partez ! (Ce slogan fait référence au nombre important de manifestants)

L’antanaclase : Cette figure consiste dans l’emploi d’homophones qui ne sont pas synonymes dans la constitution d’un jeu de mot

J’ai testé ce régime et je n’ai pas maigri, alors je change de régime (Le mot régime fait référence habituellement à un processus qui mène à la perte de poids, dans ce slogan, le mot régime désigne le système qui semble ne pas convenir à la population qui demande le changement de ce dernier)

Le seul mandat que vous méritez est un mandat d’arrêt (Jeu de mot avec le vocable mandat qui désigne : le mandat présidentiel désiré par le candidat Bouteflika et le mandat d’arrêt souhaité par le peuple afin d’enfermer les personnes accusées de délits)

L’asyndète : Figure qui consiste dans le fait de supprimer tous les liens logiques et de coordination d’un énoncé.

Nous sommes venus, nous avons vu, nous allons vaincre (Ce slogan reprend la phrase célèbre de Jules César : Véni Vidi Vici (je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu), elle désigne toute entreprise qui s’achève avec succès.

L’aposiopèse : Figure qui consiste en l’ « interruption du déroulement syntaxique attendu, typographiquement marquée par des points de suspension : la phrase reste inachevée » (FROMILHAGUE : 35)

Jawa3 cha3bek yaklek… (Affame ton peuple il te mangera) - Ce slogan détourne la phrase tronquée et empruntée par Ahmed Ouyahia à Abu Jafar Al-Mansur qui a dit un jour : « affame ton chien il te suivra ; engraisse-le il te mangera » ; Ouyahia lors d’une interview a choisi de s’arrêter aux six premiers mots, le peuple a complété la phrase lors du Hirak en faisant un raccourci de sens en affirmant que s’il affame son peuple, ce dernier le mangera.

Enerdjzair pour une révolution qui dure … très longtemps (Ce slogan reprend le slogan des piles Energizer, connues pour leur résistance et leur longévité. Le nom du produit a été détourné et on peut constater un amalgame de deux mots : Energie et Djazair (Algérie).

La ponctuation : Cette figure, matérialisée par l’utilisation de points d’exclamation, peut signifier beaucoup sur le rapport entretenu entre l’être et son monde, elle est souvent employée afin d’exprimer un rapport d’indignation ou d’enthousiasme.

Foutez la paix à notre Algérie ! ! (Ce slogan marque clairement l’appropriation de l’Algérie par le peuple)

Quand l’algérien veut, l’Algérie peut ! ! (Ce slogan reprend et détourne le proverbe : quand on veut, on peut afin de montrer la volonté du peuple et leur détermination à changer les choses)

Nous n’avons plus de slogans dégagez !

Le chiasme : Cette figure apparait comme la disposition en croix / symétrie en miroir de deux mots ou deux expressions

Kouna cha3b bidoun rais, wa l2an rais bidoun cha3b (On était un peuple sans président et là le président est sans peuple) - Ce slogan s’adresse à Tebboune que le peuple rejette comme président.

Le problème de la cause est qu’elle ne négocie pas avec la cause du problème (Ce slogan montre bien que le peuple considère le système comme la source de leurs problèmes)

L’antithèse : Figure qui consiste à mettre côte à côte dans un même énoncé des termes ou des idées ayant des sens opposés. « Cette figure ne cherche pas la conciliation des contraires (Levesque 2017 : 141). Elle consiste donc à rapprocher deux termes opposés afin d’accentuer la différence.

Nous voulons la paix pas le désordre !

Algéria is a country of heroes governed by zeroes (L’Algérie est un pays de héros gouverné par des zéros)

Algérie pleure, Algérie crie, Algérie meurt, Algérie vit, Algérie

Je cherche un meilleur dealer leader pour mon pays (Ce slogan fait référence à l’affaire de trafic de cocaïne qui a touché le fils de l’actuel président Tebboune)

L’oxymore : Cette figure rapproche des termes sémantiquement incompatibles, deux mots aux sens inattendus. Cette figure crée un énoncé à l’apparence contradictoire.

Plus de morts-vivants, l’Algérie suffoque ! !

Révolution du sourire (Ce slogan fait référence au caractère pacifiste et très civilisé des manifestations en Algérie où le peuple a choisi le civisme et le rire pour combattre le système – Ces manœuvres visaient à éviter tout type de violence)

La gradation : Succession de termes d’intensité croissante ou décroissante qui peut donner un effet d’intensification de diminution progressive de la force du discours employé.

Le peuple s’est levé, marche, cour vers sa liberté ! !

L’hypallage : Associer syntaxiquement deux mots, dont l’un d’eux qualifie en réalité un troisième mot à proximité

Système malade, Système gangréné, nous allons l’amputer

Le système pourri est comme un arbre maudit, il faut le déraciner depuis la racine

Petit Macron occupe-toi de tes gilets jaunes l’Algérie est trop grande pour toi (Ce slogan a pour but de diminuer de la valeur du président français – en le considérant comme un petit garçon- qui a signifié son approbation à l’investiture du président Tebboune)

Le système se demande qui organise les marches – le peuple se demande qui écrit les lettres du président – vous nous dites on vous dit (Ce slogan est assez ironique car il pointe du doigt le fait que les lettres de Bouteflika ne sont pas écrites par lui (étant donné sa maladie)

L’ellipse : Cette figure consiste à ne pas mettre volontairement un mot nécessaire à la construction initiale de l’énoncé.

Danone, parce que je le vaux bien (Ce slogan reprend la formule de L’Oréal et remplace le produit de beauté par : Danone qui est une marque de produits laitiers. Ce slogan vient en réponse à A. Ouyahia qui, lors de ses interviews, a proclamé que le peuple n’avait pas besoin de manger du yaourt (qui était selon lui un luxe dont le peuple pouvait se passer).

Thank you, next (Merci, au prochain)

Un nombre important d’épitrochasmes, de parallélismes, d’anaphores rhétoriques, d’épiphores, d’antépiphores, d’épanadiploses, d’aposiopèses, d’hypallages, etc. ont été retrouvés dans notre corpus. Deux nébuleuses s’affrontent :

  • d’un côté nous avons le nous, le peuple, le pays, el watan, l’Algérie dans toute sa diversité qui veut vivre en paix prônant la silmiya (le pacifisme). Une Algérie nouvelle démocratique libérée, unie et connectée qui veut s’accrocher au monde moderne sous la coupe d’un leader.

  • De l’autre côté, nous avons une fawda (anarchie) imposée par un système vu comme : mafieux, malade, gangréné, pourri, coupable, nécrosé, désordonné et décadent et que le peuple ne veut pas reconduire pour un cinquième mandat. Les revendications se sont faites en quatre langues (français, algérien, arabe, anglais) qui à l’unisson demandent à ceux qu’ils considèrent comme des dealers de : partir, irhalou, leave, tetnahaw.

Les revendications des manifestants ont donné le ton accentué par le jeu prosodique employé dans leurs pancartes. En effet, beaucoup de points d’exclamation ont été vus dans leurs slogans, certains signifiaient l’indignation, la colère, la stupéfaction, d’autres l’impatience, la fermeté et la résistance, mais pour leur majorité la détermination et la volonté de voir les choses changer pour le mieux et en faveur du peuple.

3.1.3. Les figures de « mots » ou tropes

Ces tropes sont aussi appelés figures de sens ou de comparaison, ils peuvent être vus comme des détournements ou des transferts de sens : « transfert du sens propre au sens figuré » (Fromilhague : 1995 : 56)

Table N° 3. Les figures de « mots » ou tropes = Figures de comparaison

Figures de « mots » ou tropes = Figures de comparaison

Nom et description de la figure

Exemple de figure

La métonymie : Cette figure « consiste à substituer à un terme un autre terme qui entretient avec lui une relation de contiguïté » (POUGEOISE, 2001 : 166). En somme cette figure consiste à remplacer la chose désignée par un mot proche d’un point de vue logique (remplacement du contenu par le contenant, du lieu pour l’activité, etc.

Selon Bernard DUPRIEZ (1984 : 290), la métonymie est un trope qui « permet de désigner quelque chose par le nom d’un autre élément du même ensemble, en vertu d’une relation suffisamment nette »

Consulte ton Larousse si tu n’as pas compris : dégage ! !

Bouteflika viole la constitution – Macron le félicite – Mafia maçonnique dégage

Not sure if it’s Algeria or Boollywood (Pas sure si c’est l’Algérie ou Boolywood) Ce slogan montre le ridicule de la situation vécue dans le pays

Il n’y a que Chanel pour faire le N° 5 (Par un clin d’œil à la marque Chanel ce slogan atteste que le système n’a pas le droit d’imposer un cinquième mandat car le numéro cinq est réservé à son parfum N° 5)

La synecdoque : Cette figure est un type particulier de métonymie, elle a pour particularité d’attribuer au mot un sens plus large. Elle peut exprimer : le singulier pour le pluriel, donner un quantificateur précis pour un nombre imprécis, la partie pour le tout, l’espèce pour le genre, la matière pour l’objet ou le concret pour l’abstrait.

L’algérien défie le système

On ne va pas te le redire 100 fois : dégage ! ! !

L’antonomase : Une antonomase est le fait d’utiliser un nom propre pour désigner un nom commun ou inversement.

Les Dalton – A. Boutef – S. Boutef – Ouyahia – Haddad (Ce slogan reprend une affiche des frères Dalton pour montrer ceux que le peuple considère comme des malfaiteurs)

La périphrase : Une périphrase consiste à dire en plusieurs mots ce qu’on pourrait dire en utilisant un seul terme, c’est donc remplacer un terme par un ensemble de mots voulant dire la même chose.

La Casa del Mouradia

Le pays des 1 million et demi de martyrs refuse le système.

L’analogie

La comparaison : Rapprochement entre deux termes ayant au moins un élément commun. L’outil de comparaison est exprimé. Selon DUPRIEZ : il existe deux types de comparaisons : « comparaison simple : une comparaison qui n’est pas une image littéraire, elle n’a rien de figuratif. Et comparaison figurative : cette comparaison a une dimension rhétorique et met l’accent sur le comparant. Lorsqu’on parle de figure de style, on évoque ce type de comparaison. »

Structure : un comparé + un mot de comparaison + un comparé

Le système pourri est comme un arbre maudit, il faut le déraciner depuis la racine

Taghyir Ouyahia b’nour edine Bedoui kima li i7abes echema bedoukhan (Changer Ouyahiya par Nouredine Bedoui c’est comme ceux qui arrêtent la cigarette avec la chique)

La métaphore : La métaphore laisse deviner une similitude entre deux éléments. Elle ira désigner une chose par une autre en se basant sur des traits ou des qualités similaires.

Ils pensaient nous enterrer ils ne pensaient pas que nous sommes des graines

Nous ne sommes pas des moutons, mais des lions ! Attention ! !

La personnification : Personnifier une chose, un élément naturel ou un animal consiste dans le fait de lui attribuer des qualités humaines afin de le faire parler ou agir. « consiste à attribuer à une chose abstraite ou concrète et inanimée les traits, les propriétés d’un être vivant réel, personne ou animal » (RICALENS-POURCHOT, 2011 : 105)

L’histoire se souviendra de nous

Si un jour le peuple réclame sa liberté le destin répondra (traduction du poème tunisien : Abou Kassim Echabi : Iradet El Hayat (La volonté de vivre))

Kitat el jazair tarfod el kachir oua tatlob el Wiskas (Les chats d’Algérie refusent le Kachir et demandent du Wiskas) – (Ce slogan fait référence au fait que même les chats algériens (dont la nourriture importée a été arrêtée momentanément) refusent de s’aligner aux partisans du FLN qualifié de Kachiristes)

Nous refusons d’être présidés par un cadre (Ce slogan témoigne du fait que les Algériens refusent d’être gouvernés par un homme absent dont les partisans exhibent le portrait à chaque rencontre)

L’Algérie vous vomit, vous n’avez pas encore compris ?

La vérité ne dialogue pas avec le mensonge

Beaucoup de tropes ont été observés dans notre corpus ; des métonymies, des analogies, des métaphores, de la personnification, des synecdoques, etc. tout un panel de figures employées par le peuple afin d’exprimer ses idées et ses envies envers le système. En effet, ce dernier a été porté en dérision et ridiculisé par les manifestants qui le voyaient comme un théâtre Bollywoodien habité par des incapables et des illettrés qui ont largement dépassé leurs prérogatives en voulant s’imposer pour un cinquième mandat.

Les slogans employés ont repris des phrases connues du grand publique, souvent détournées soit pour qualifier les agents du système et leurs acolytes ( Les hommes de l’ombre, La Casa Del Papel, Dalton, etc.) ou au contraire pour peindre l’Algérie, pays des 1 million et demi de martyres, des lions, des graines, etc. pays qui est vu comme une mère nourricière qui vomit le système en place et dont les enfants courageux et dignes militent pour sa santé et la pérennité de son histoire.

3.2. Les figures de style macro-structurales ou figures de pensée

Ces figures entretiennent la notion de double langage et sont largement employées « dans le langage des passions, et aussi de l’argumentation surtout celles qui jouent avec la valeur de vérité » (FROMILHAGUE : 1995 : p. 98). À la différence des figures de style micro-structurales, les figures de style macro-structurales investissent des « ensembles linguistiques aux limites indéfinissables » ; elles ne sont donc pas isolables, elles manipulent les relations logiques et le sens des mots.

Table N° 4. Les figures de pensée

Figures de pensée

Nom et description de la figure

Exemple de figure

La métabole : Cette figure consiste à réemployer dans la deuxième partie d’un énoncé des mots déjà employé dans la première partie de ce dernier.

On était un peuple sans président et là le président est sans peuple

Tous les pays ont une mafia, sauf en Algérie c’est la mafia qui a un pays (Ce slogan fait référence au fait que la mafia gouverne le pays)

La paraphrase : Reformulation et développement étendu d’un mot ou d’un texte.

Partez veut dire prenez vos affaires et libérer les chaises

Système dégage ma3naha dégage (Système dégage, cela veut dire dégage)

L’Algérie c’est kabyle, arabe, mzabi, tergui, chawi – tous unis main dans la main – pas de division

Le syllogisme : Partant de deux propositions considérées comme plausibles, le syllogisme permet d’établir une déduction vue comme vraie.

Tu bouffes du Kachir ? tu es Kachiriste, tu es VIRE ! ! !

L’épiphonème : Consiste à placer, en guise de conclusion ou d’introduction à un discours, une réflexion stéréotypée qui exprime une opinion générale souvent présentée comme véridique, au début ou à la fin d’un ensemble énonciatif plus vaste.

Ni la peste ni le choléra le peuple vous dit bon débarras

Tera7lou ya3ni tera7lou – Oua 3a9adna l3azma an ta7ya el Djazair (Vous allez partir c’est que vous allez partir – et nous avons juré que vivra l’Algérie) – Ce slogan reprend dans sa deuxième partie le refrain de l’hymne national algérien.

Algérie : Seul héros le peuple (Ce slogan reprend une formule connue et ancrée dans l’esprit des Algériens taguée sur les murs de la Casbah peu de temps avant l’indépendance de l’Algérie en 1962. Ce slogan montre que seul le peuple peut agir sur l’avenir du pays et qu’il est son seul sauveur)

L’épiphrase : « Partie de la phrase qui parait ajoutée spécialement en vue d’indiquer les sentiments de l’auteur ou du personnage » (DUPRIEZ, 1984 : 46), elle englobe une valeur explicative et permet de donner un point de vue personnel sur ce qui a été dit.

Algérie marche : je ne veux pas être un futur Harraga. (Ce slogan porté par un enfant signifie que ce dernier a envie de rester dans son pays et ne veut pas être obligé d’aller vivre ailleurs)

Le paradoxe

Réunir deux idées contradictoires qui vont à l’encontre de l’opinion commune

La prétérition : Figure par laquelle on parle de quelque chose après avoir affirmé que l’on allait le passer sous silence

Inutile de vous dire que vous avez exagéré ! Boutef dégage !

L’apostrophe : Cette figure permet de s’adresser à un absent, un mort ou une idée abstraite

Ben M’Hidi tu peux reposer en paix tes fils sont là (Ce slogan s’adresse à un martyr de la révolution qui a donné sa vie pour le pays, le peuple scande ce slogan pour rassurer le martyr et lui dire qu’il n’abandonne pas la cause)

La prosopopée : Consiste à faire parler un mort, un animal, une chose

SVP, je suis fidèle ne salissez pas mon nom de chien, je suis plus digne que ces traitres.

L’hypotypose : Figure qui permet de se représenter mentalement une situation en permettant l’accumulation de détails. Cette figure permet donc d’animer un énoncé

Vous avez sali notre passé, pris en otage notre future, le présent est à l’hôpital avec « 4 » mandats de suture

L’ironie : Figure qui consiste à dire une chose en signifiant son contraire

Love the way u lie (Ce slogan reprend la chanson d’Eminem, pour signifier que le peuple n’est pas dupe et n’est plus apte à écouter les mensonges du système)

L’interrogation rhétorique : Une question qui n’attend pas de réponses (une fausse question), car la réponse est contenue dans la question

Boutef why so samat ? (Pourquoi aussi embêtant ?)

Y’a-t-il des hommes au pouvoir ? (Ce slogan insinue que le pouvoir actuel ne comporte pas de personnes aptes à prendre la responsabilité du gouvernement)

Vous le sentez ? le doux parfum de la victoire ? Algériens unis.

La parodie : Imitation moqueuse et satirique d’un style particulier

You are not the boss of me now! (Tu n’es pas mon patron - Ce slogan reprend le générique d’une série américaine Malcolm.)

El Cadre-Coula (Détournement de la marque Coca-Cola pour dire que Bouteflika a Coulé – Ici le mot : cadre n’est pas anodin, en effet, en vue de l’état de santé extrêmement dégradé de l’ancien chef de l’État ce dernier ne faisait plus d’apparitions publiques ; ses partisans l’ont remplacé, lors des meetings, par un cadre)

La Casa D’el Mouradia (Ce slogan est un clin d’œil à la série La Casa Del Papel qui met en avant les péripéties d’une bande de voleurs ; dans ce slogan Papel a été remplacé par Mouradia qui est le lieu de la présidence pour désigner la maison des voleurs)

De 5ème mandat tu ne feras pas avec le peuple la force est (Ce slogan parodie la manière de parler du personnage Yoda de la guerre des étoiles)

Hana el awane (Le temps est venu - Ce slogan reprend la marque Awane (marque de serviettes hygiéniques) pour signifier au gouvernement que le temps du changement est arrivé)

4ème mandat++c’est mal – m’voyez ? (Cet énoncé reprend d’une manière détournée la réplique célèbre d’un des protagonistes de l’émission américaine South Park (le conseiller d’éducation M. Mackey) qui pour donner des leçons de morale formule : « la drogue c’est mal m’voyer », « Fumer c’est mal m’voyez », etc.)

Un an (Bouteflika) - Aya Bala3 (le peuple) – YAW TU DÉGAGES (Un an – allez ferme la – HEY TU DEGAGGES – Ce slogan reprend la célèbre mème17 où Batman donne une claque à Robin, dans ce slogan Bouteflika demande un an de plus pour son mandat et le peuple lui répond par une claque en lui demandant de dégager)

Silmiya silmiya silmiya silmiya - On a vu le film – dégagez – 9iwwww - (Ce slogan reprend dans des bulles une scène de Troie, où le cheval rempli de diables représentant les gens du système veulent s’infiltrer dans les manifestations ; le peuple répond qu’il a vu le film et leur demande de dégager.)

Hey you don’t tell me there’s no hope at all – Together we stand divided we fall (Hé tu ne me dis pas qu’il n’y a aucun espoir - Ensemble nous sommes divisés nous tombons – Ce slogan est une reprise de la chanson des Pink Floyed : Hey you.)

No country for old men (Il n’y a pas de pays pour un vieillard – Ce slogan est la reprise du nom d’un film, elle vise Bouteflika qui est vu comme un vieil homme qui n’a plus de pays.)

Kachir me if you can (Kachir moi si tu peux – Ce slogan est une parodie du film Catch me if you can ; à travers cette formule le peuple défie le gouvernement de le corrompre.)

Get up stand up get up for your rights (Lève-toi, lève-toi défend tes droits) - Ce slogan est une reprise de la chanson mythique de Bob Marley ; cette chanson demande au peuple de se lever, de combattre l’oppression et de demander ses droits) 

Votre système a besoin d’être rebooté – Voulez-vous formater l’appareil ? oui – yes – ok (Ce slogan parodie les fenêtres Windows – le peuple ne veut plus relancer le système, mais le remettre à zéro)

Listening to the wind of change (Ecoutez le vent du changement – Ce slogan reprend la chanson du groupe rock Scorpions, la formule annonce le début d’un changement.)

La litote : Apparait souvent comme une formulation négative. Par son biais, « on dit le moins pour le plus » (Morier : 1981 : 232)

Non merci, je ne mange pas de Kachir

No you can’t (Non tu ne peux pas)

Not my president (Pas mon président – Ce slogan est une reprise d’un slogan de 2017 scandé par des personnes qui ont refusé l’investiture de D. Trump, ce slogan a été repris pour signifier le refus des manifestants à l’élection de M. Tebboune.)

L’hyperbole : Exagération parfois ironique qui sert à dramatiser, à amplifier une idée ou une situation.

On est plus chaud que le climat

L’Algérie en état de choc laissez la jeunesse la réanimer

L’euphémisme : Figure qui tente d’atténuer le sens des énoncés en évitant ce qui pourrait déplaire, gêner ou choquer.

Macron approuve Bouteflika pas étonnant on connait son amour envers le 3ème âge – mêle toi de tes oignons (Ce slogan fait référence au fait que le président français se soit marié avec une femme plus âgée que lui ce qui a ouvert une brèche à la moquerie lorsqu’il a annoncé son soutien au président Bouteflika)

L’allusion : Figure qui permet d’évoquer une chose sans la dire explicitement. Sa compréhension est dépendante des connaissances encyclopédiques de l’énonciataire.

Macron occupe-toi de ta maman – l’Algérie est plus grande que toi (Allusion à la femme de Macron qui le dépasse de plusieurs années)

Je suis allergique à la poudre blanche (Ce slogan fait référence à l’affaire de trafic de cocaïne dans laquelle le fils du président Tebboune a été impliqué et de laquelle il a été blanchit)

La métalepse : Figure qui consiste dans le fait d’insinuer une chose par une autre qui l’accompagne ou qui en est la conséquence

Nous sommes blanc d’espoir, vert de dégout et rouge de colère

L’allégorie : Représentation concrète d’une idée abstraite par l’emploi d’une entité vivante ou palpable pouvant matérialiser la notion en question.

Les loups d’El Mouradia

La Synesthésie : Est une figure de style qui repose sur l’alliance de plusieurs perceptions sensorielles.

Écoute le peuple – Il te demande de partir.

Vous le sentez ? le doux parfum de la victoire ? Algériens unis.

Les figures de pensée sont apparues en nombre très important dans notre corpus ; en effet, par le biais des métaboles, des paraphrases, des épiphonèmes, des paradoxes sous toutes ses formes : ironie, prosopopée, apostrophe, interrogation rhétorique, litote, allusion et enfin la parodie ; les manifestants ont clamé leur souveraineté et leur unicité face aux kachiristes (personnes corrompues et pro système). L’emploi de ces figures a donné aux protestataires la possibilité de dire avec dérision, sarcasme et moquerie ce qu’ils pensent de leur cible à savoir les gens du gouvernement (tous partis confondus). Le besoin de renouveau s’est laissé lire sur les pancartes qui pour la plupart donnaient à réfléchir en insinuant le sens voulu. En effet, beaucoup de pancartes reprenaient des slogans politiques stéréotypés et largement connus par la communauté mondiale, des anciennes chansons, des répliques et des titres de films et de séries, des publicités, des plaques de signalisation, des affiches de westerns, autant de récupérations ingénieuses employées afin d’exprimer leur état d’esprit, leur rejet de la politique actuelle et leur fidélité aux valeurs et aux couleurs du drapeau qu’un des slogans résume parfaitement « nous sommes blancs d’espoir, vert de dégout et rouge de colère ».

Conclusion

Les porte-voix silencieux de la révolution populaire algérienne de 2019 ont hurlé le ras le bol, la colère, mais aussi l’espoir d’un peuple qui depuis deux ans manifeste dans les quatre coins du pays afin de réclamer non seulement un changement radical des dirigeants responsables des appareils de l’État, mais aussi de la manière de présider en prenant en compte la diversité et la valeur du peuple. En effet, à travers les slogans clamés le peuple a dressé un ensemble de doléances portées sur une feuille de route qui contenait : la nécessité de mettre en place un nouveau gouvernement, de la dissolution des chambres parlementaires et d’organisation d’élections. La puissance des mots employés a été comme nous l’avons vue exacerbée par l’emploi des figures de styles micro et macro-structuraux en tout genre. La rhétorique est descendue dans la rue, elle s’est nourrie du vivier linguistique algérien, mais aussi des connaissances encyclopédiques de sa population. Des milliers de pancartes ont défilé portant en elles les revendications des Algériens tout en prenant soin d’éviter la confrontation avec les services de l’ordre, et c’est là où a été le génie de ces inventions ; en effet, les pancartes n’ont jamais porté en elle des signes de violences, bien au contraire, elles étaient pleines d’amour envers le pays, de réducteurs de tensions, elles prônaient le pacifisme par le rire.

La majorité des doléances sérieuses du peuple ont donc été formulées à coup de parodies, d’ironie, d’insinuations, de jeux de mots, etc. les figures de style sous toutes leurs formes ont aidé à dessiner deux clans opposés : le peuple/l’Algérie et le système/son clan. Cette opposition a été largement visible, car le peuple voulait se détacher de tout ce et ceux qui représentent l’État. Aussi grâce aux figures les manifestants ont juré leur fidélité au pays, au drapeau et ont émis leur désir et leur besoin de reconstruire un pays décrit comme dévasté par l’ancien régime. Le patriotisme de la population s’est largement dégagé à travers notre corpus qui ne faisait que répéter des sermons que le peuple continu à faire aux martyres de la guerre d’indépendance qui ont donné leur vie non seulement pour un drapeau, mais aussi pour des valeurs que le peuple ne retrouve plus dans le régime qui les gouverne.

Plus précisément, selon Ruth Amossy : « telle qu’elle a été élaborée par la culture de la Grèce antique, la rhétorique peut être considérée comme une théorie de la parole efficace liée à une pratique oratoire »1.

1 - Il est à noter que le président avait été depuis 2005 la proie de plusieurs accidents vasculaires cérébraux qui ont largement altéré sa santé et

2 - Le président Bouteflika avait annoncé sa candidature le 10 février 2019.

3 - Il est à noter que le président Bouteflika avait déjà apporté des révisons à la constitution en 2016 afin d’assurer sa candidature au troisième

4 - Les manifestations régulières ont lieu : le vendredi et le mardi (pour les marches estudiantines)

5 - Cette révolution a aussi porté ce nom, car les personnes enrôlées dans ces marches ont longtemps exhibé non seulement beaucoup de civisme, mais

6 - Le mot Hirak désigne un ensemble de manifestations populaires et spontanées qui ont éclaté ici et là en Algérie afin de s’opposer aux décisions

7 - Nous développerons cette partie dans les parties suivantes.

8 - Il est à signaler que les photographies recueillies ont été collectées lors des manifestations à Alger centre (les manifestations à Alger ont

9 - Van Tuan, 2017 : Analyses linguistiques du slogan publicitaire automobile. Linguistique.. ffdumas-01590764 – p. 15.

10 - Voir la liste des slogans et le nombre des victoires les ayant accompagnées : https://fr.wikipedia.org/wiki/Slogan_politique

11 - La consigne est définie par REBOUL (1975 : 36) comme un « acte illocutoire, pur performatif au sens d'Austin, ne fait strictement que ce qu'elle

12 - Mathieu Bouillon est auteur, créateur publicitaire, entrepreneur et consultant en transformation digitale et concepteur-rédacteur chez Sid Lee.

13 - Nous choisissons cet angle d’attaque, car à l’instar d’Aristote, nous considérons que « [la rhétorique] est en quelque façon accessible à tous

14 - ce type de figures est facilement repérable dans le discours, car leur existence « apparait manifestement et matériellement » (Molinie : 1991 :

15 - ce type de figure regroupe les figures de pensée qui « peuvent affecter la signification de tout un énoncé sans que le signifié des termes qui le

16 - https://www.jeuneafrique.com/902552/politique/algerie-lacquittement-du-fils-du-president-tebboune-met-a-mal-lindependance-de-la-justice/

17 - https://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/05/01/le-meme-ou-l-art-du-detournement-humoristique-sur-internet_1693705_651865.html

4. Références bibliographiques

ARISTOTE, 1856. La rhétorique, édition et traduction de Norbert Benafous, Paris, A Durand.

BEAUGRAND, J.-P. 1988. : « Démarche scientifique et cycle de la recherche », In ROBERT, M., Fondements et étapes de la recherche scientifique en psychologie, Québec : Edisem. Pages 1- 29

DUCROT, O. & TODOROV, T. 1979. Encyclopédie des sciences du langage, Paris, Le Seuil, coll, Point. Voir le chapitre « Figures ». Pages 349-357.

DUPRIEZ, B. 1984. DICTIONNAIRE GRADUS. Les procédés littéraires (Français) Poche – 1.

FROMILHAGUE, C. 1995. Les figures de style. Nathan université.

GRUNIG, B-N. 1990. Les mots de la publicité. L’architecture du slogan. Paris : CNRS.

KERBRAT-ORECCHIONI, C. 1980. L’énonciation de la subjectivité dans le langage, Paris, Colin.

LEVESQUE, M. 2017. Figures stylées – Les figures de style revisitées par les élèves et expliquées par leur prof, Editions First.

MOLINIE, G. 1992. Dictionnaire de rhétorique. Paris. Le livre de poche.

MORIER, H. 1981. Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris, PUF.

VAN TUAN, N. 2017. « Analyses linguistiques du slogan publicitaire automobile. Linguistique ». ffdumas-015907 - 64 – PAge 15.

NAVARRO DOMINGUEZ, F. 2005. « La rhétorique du slogan : cliché, idéologie et communication. » In : Bulletin Hispanique, tome 107, n° 1. Pages 265-282.

POUGEOISE, M. 2001. Dictionnaire de rhétorique, Armand Colin.

REBOUL, O. 1975. Le slogan. Paris : PUF/ Éditions Complexe.

RICALENS-POURCHOT, N. 2011. Dictionnaire et encyclopédie (broché)

Sitographie :

https://www.lapresse.ca/societe/2019-09-25/l-art-de-creer-une-pancarte-qui-se-demarque-dans-une-manifestation

https://www.lalanguefrancaise.com/litterature/figures-de-style-guide-complet/

https://www.jeuneafrique.com/902552/politique/algerie-lacquittement-du-fils-du-president-tebboune-met-a-mal-lindependance-de-la-justice/

https://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/05/01/le-meme-ou-l-art-du-detournement-humoristique-sur-internet_1693705_651865.html

1 - Il est à noter que le président avait été depuis 2005 la proie de plusieurs accidents vasculaires cérébraux qui ont largement altéré sa santé et qui l’ont empêché de tenir des discours et faire des sorties publiques depuis 2013.

2 - Le président Bouteflika avait annoncé sa candidature le 10 février 2019.

3 - Il est à noter que le président Bouteflika avait déjà apporté des révisons à la constitution en 2016 afin d’assurer sa candidature au troisième mandat.

4 - Les manifestations régulières ont lieu : le vendredi et le mardi (pour les marches estudiantines)

5 - Cette révolution a aussi porté ce nom, car les personnes enrôlées dans ces marches ont longtemps exhibé non seulement beaucoup de civisme, mais aussi beaucoup de joie de vivre en défilant avec des instruments de musique, mais aussi en chantant des chants patriotiques et des chants populaires (souvent tirées des milieux sportifs) ; le caractère festif de ces marches a surpris non seulement les Algériens eux-mêmes, mais l’ensemble de la communauté mondiale.

6 - Le mot Hirak désigne un ensemble de manifestations populaires et spontanées qui ont éclaté ici et là en Algérie afin de s’opposer aux décisions prises par le pouvoir politique. Malgré le fait que le Hirak a été largement handicapé par la Covid 19 qui a empêché les attroupements, ce mouvement est toujours d’actualité dans les esprits du peuple qui ne trouve plus d’autres solutions que de sortir dans la rue pour dénoncer son ras le bol d’une situation globale : économique, politique, sociale, etc. insoutenables.

7 - Nous développerons cette partie dans les parties suivantes.

8 - Il est à signaler que les photographies recueillies ont été collectées lors des manifestations à Alger centre (les manifestations à Alger ont dénombré le nombre le plus important de participants et ont été les plus largement couvertes non seulement pas les médias, mais aussi par les réseaux sociaux). Il est aussi à signaler que lors de la recherche de notre corpus nous avons constaté que les slogans ont été presque les mêmes sur tout le territoire national. Nous sommes partis d’un corpus brut de 452 photographies que nous avons élagué pour en extraire 264 pancartes.

9 - Van Tuan, 2017 : Analyses linguistiques du slogan publicitaire automobile. Linguistique.. ffdumas-01590764 – p. 15.

10 - Voir la liste des slogans et le nombre des victoires les ayant accompagnées : https://fr.wikipedia.org/wiki/Slogan_politique

11 - La consigne est définie par REBOUL (1975 : 36) comme un « acte illocutoire, pur performatif au sens d'Austin, ne fait strictement que ce qu'elle dit, son effet perlocutoire, que vous soyez content ou fâché par l'interdiction n'importe rien. Elle énonce sans équivoque ce qu'elle prescrit ou conseille, de même que ce qui fait son pouvoir d'incitation. »

12 - Mathieu Bouillon est auteur, créateur publicitaire, entrepreneur et consultant en transformation digitale et concepteur-rédacteur chez Sid Lee. Il est également professeur à l’École nationale de l’humour de Montréal. https://www.lapresse.ca/societe/2019-09-25/l-art-de-creer-une-pancarte-qui-se-demarque-dans-une-manifestation

13 - Nous choisissons cet angle d’attaque, car à l’instar d’Aristote, nous considérons que « [la rhétorique] est en quelque façon accessible à tous les esprits, et ne réclame aucune connaissance spéciale […], car tous entreprennent, jusqu’à un certain point, d’attaquer une opinion ou de la soutenir, d’accuser ou de défendre. Mais dans la foule des hommes, certains le font au hasard et sans règle, les autres par habitude qu’ils tiennent de l’exercice » (Aristote). C’est précisément ces exercices rhétoriques que nous allons observer dans notre corpus.

14 - ce type de figures est facilement repérable dans le discours, car leur existence « apparait manifestement et matériellement » (Molinie : 1991 : 153)

15 - ce type de figure regroupe les figures de pensée qui « peuvent affecter la signification de tout un énoncé sans que le signifié des termes qui le composent soit changé » (Fromilhague : 21)

16 - https://www.jeuneafrique.com/902552/politique/algerie-lacquittement-du-fils-du-president-tebboune-met-a-mal-lindependance-de-la-justice/

17 - https://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/05/01/le-meme-ou-l-art-du-detournement-humoristique-sur-internet_1693705_651865.html

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