Le système verbal français et arabe : valeurs temporelles, aspectuelles et /ou aspecto-temporelles

Reguieg Hadjira

p. 99-109

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Reguieg Hadjira, « Le système verbal français et arabe : valeurs temporelles, aspectuelles et /ou aspecto-temporelles », Aleph,  | -1, 99-109.

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Reguieg Hadjira, « Le système verbal français et arabe : valeurs temporelles, aspectuelles et /ou aspecto-temporelles », Aleph [En ligne],  | 2018, mis en ligne le 25 décembre 2018, consulté le 19 juin 2019. URL : https://aleph-alger2.edinum.org/1417

Nous examinons dans ce travail le fonctionnement des temps verbaux du mode indicatif de l’arabe, en le comparant à celui du français. Nous nous occupons de la catégorie du temps en décrivant et en analysant différentes relations temporelles. Nous avons opté pour une analyse descriptive et une étude comparative des deux systèmes temporels arabe et français dans le cadre de la psycho mécanique du langage. Notre analyse s’appuie sur les deux notions guillaumiennes principales qui sont le « temps expliqué » et le « temps impliqué », par temps expliqué nous entendons, les informations temporelles véhiculées par la flexion verbale. Le temps impliqué (qui est l’aspect) est véhiculé par des faits autres qu’un système de flexion. L’expression de l’aspect, dans la langue arabe est généralement rendue d’une manière semi-lexicale, par des faits de vocabulaire, de dérivation, d’emploi de préverbes et d’auxiliaires…

In this work, we examine the functioning of the verb tenses of the indicative mode of Arabic, comparing it to that of French. We deal with the category of time by describing and analyzing different temporal relationships. We opted for a descriptive analysis and a comparative study of the two temporal systems of Arabic and French in the context of the psycho mechanics of language. Our analysis is based on the two main guillaumeic notions that are the« time explained » and the « time involved », by the time we understand, the temporal information conveyed by the verbal inflection. The time involved (which is the aspect) is conveyed by facts other than a flexion system. The expression of the aspect, in the Arabic language is generally rendered in a semi-lexical way, by facts of vocabulary, derivation, use of preverbs and auxiliaries.

 نتطرق من خلال هذا العمل إلى وضيفة الأزمنة لدى الفعل في اللغة العربية و ذلك بمقارنتها بما يقابلها في اللغة الفرنسية، إذ نتعامل مع فئة الوقت من خلال وصف وتحليل العلاقات الزمنية المختلفة. لقد اخترنا تحليلا وصفيا ودراسة مقارنة للنظامين الزمنيين للغة العربية والفرنسية في سياق بسيكوميكانيك اللغة. ويستند تحليلنا هذا إلى مفهومين "غييوميين" رئيسيين هما : "الزمن الواضح " و "الزمن المتضمّن "، نقصد بالأول المعلومات المتعلقة بالزمن بواسطة الصيغة الصرفية الواضحة على الفعل أما الثاني ومعناه الصيغة الفعلية والتي غالبا ما يتم من خلالها التعبير عن الأزمنة في اللغة العربية و ذلك عن طريق استعمال حقائق المفردات، الاشتقاق، استخدام الأمثال والمساعدين و غيرها...

Notre propos s’assigne pour objet la comparaison des systèmes verbo-temporel de la langue arabe avec celui du français. La conception des sémitisants qui consiste à ranger l’arabe parmi les langues à «  aspect », nous a interpellés et nous a incités à interroger la complexité du système verbal arabe. S’agit-il d’une langue aspectuelle, temporelle ou plutôt aspecto-temporelle  ? Pour répondre à cette question, nous examinerons notre corpus à la lumière des vues propres à la psychomécanique du langage.

À travers l’opposition entre le temps impliqué et le temps expliqué, introduite pour traiter la question de temps et de l’aspect dans les langues d’une façon générale, et les langues possédant une morphologie très réduite  ; Guillaume a pris l’exemple du russe où il a constaté que la morphologie du temps expliqué1 s’y réduit à peu de chose : une flexion de présent, une flexion de passé. Ce n’est pas suffisant pour exprimer le temps, et pour ce faire, il faut s’adresser aux aspects2  ; c’est cette hypothèse qui servira de socle à notre étude du système verbal de l’arabe que nous comparerons à celui du français.

Puisque notre travail se propose de décrire le fonctionnement des systèmes temporels français et arabes, notre corpus est construit à partir d’un roman de Rachid Boudjedra, «  Fascination3 », écrit en français et traduit en arabe, par Inàam Beyoud, sous le titre de « ا »الانبهار».

Notre méthode consiste à relever des énoncés du roman écrit en langue française (langue source) et analyser les choix des temps correspondants dans la langue cible, l’arabe. Dans le cadre de cet article, nous nous limitons à l’étude des temps du passé. Nous nous bornerons donc à étudier respectivement les valeurs temporelles et les valeurs aspectuelles des temps de l’indicatif de la langue arabe à la lumière de l’opposition guillaumienne du temps «  expliqué » VS temps «  impliqué ».

Temps expliqué 

Cette notion a été introduite par Gustave Guillaume : « Est de la nature du temps toute différenciation qui a pour lieu le temps expliqué » « le temps divisible en moments distincts- passé, présent, futur et leurs interprétations-que le discours lui attribue. » le temps expliqué est aussi appelé, par Guillaume, « temps d’univers » par opposition au « temps d’événement »,son disciple Gérard Mignet emploi le « temps époque » …Autrement dit le temps expliqué est le Temps au sens étroit du terme ;c’est celui qui pose un moment et met le procès décrit en relation avec le monde en le localisant sur l’axe du temps4.Un temps expliqué a surtout la particularité d’être véhiculé par le verbe par opposition au temps impliqué qui est celui qui est inhérent au verbe, qui est véhiculé en lui. Ces moments (distincts), décrits par Guillaume et qui sont le passé, le présent et le futur sont dotés respectivement des marqueurs grammaticaux ; ces derniers sont appelés temps verbaux en raison de leur attachement au verbe.

Nous représentons ci-dessous un schéma des temps verbaux qui existent en langue française et un schéma des temps :

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(Figure 1) Répartition des temps verbaux en français

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(Figure 2) Répartition des temps verbaux en arabe

En nous attardons sur ces deux schémas, il est possible de constater immédiatement la diversité, au niveau morphologique, des marqueurs du temps en langue française au moment où l’arabe semble sur ce plan n’offrir sur le plan de la langue que des marqueurs généraux.

En française, il est remarquable d’observer le grand écart qui existe entre les formes du temps et leurs marqueurs grammaticaux. Le passé propose une variété de formes dont le sémantisme va du passé simple à l’imparfait en passant par le passé composé dont la valeur essentielle est de signifier un constat présent d’une action signifiée par un verbe dont la tension est arrivée à totale résolution : c’est la façon que le système s’est donnée pour raccrocher le passé au présent du locuteur, référence à partir de laquelle doit se penser tout acte de langage.

Le futur, lui, distingue deux ensembles contenant chacun une forme simple et une forme composée inscrivant l’être associé au verbe dans la subséquence de clui-ci.

Cette distribution montre un système équilibré, « d’une merveilleuse rigueur » selon la formule de G. Guillaume.

Le système qui fonde l’arabe , en revanche, ne montre que deux marqueurs de temps induisant l’accompli (l’accompli) pour l’un et l’inaccompli (Moudhara) pour l’autre. L’être-sujet est vu soit dans la subséquence de l’événement ou en train d’être dans la simultanéité de l’événement.

La diversité des formes en français qui contraste singulièrement avec la seule binarité que propose le système arabe invite à évoquer les notions guillaumiennes de temps immanent et celle du temps transcendant pour en comprendre l’intelligibilité. Ainsi le schéma suivant :

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(Figure 3) Temps immanent /temps transcendant

Selon Guillaume l’attribution au temps expliqué des propriétés formelles soit du temps immanent soit du temps transcendant (caractère spécifique aux langues à morphologie temporelle très développée) est la source du système des temps ; ce que justifie « l’autonomie » du système temporel français. En revanche, l’arabe, à l'instar du russe cité par G.Guillaume, qui a une morphologie temporelle très réduite dispose des formes immanentes de présent et d’imparfait mais pas les formes transcendantes de futur et d’aoriste. La morphologie du temps expliqué s’y réduit à peu de choses : une flexion de présent et une flexion de passé. Cette binarité n'est pas suffisante ou un tant soit peu pour exprimer l’opposition du temps transcendant et du temps immanent.

Ne pouvant le faire par le truchement de moyens morphologiques, l'arabe recourt aux moyens formels que propose la catégorie grammaticale de l'aspect. C’est cette hypothèse quue le présent article veut vérifier en analysant le système verbo-temporel de l’arabe qui fait état dans sa systématique de moyens porpres pour exprimée une visée propre au temps expliqué. Ce dernier, cependant, n'est pas en mesure, seul, de rendre compte des faits de langue impliquant des images temps inscrites dans la transcendance (futur et aoriste) ou dans l'immanence (présent et imparfait).

Nous présenterons ces faits morphologiques qui servent à exprimer la temporalité en langue arabe tout en expliquant les valeurs exprimées par le seul de la conjugaison5.

El-madhi : d’une façon générale el-madhi peut marquer un passé quelconque dont le choix relève du français, et non de l’arabe. Toutefois, on parle d’un accompli absolu comme dans :

[1] « آسيا غادر » [ gàdara assia ]… (p.151)

où il exprime un état achevé dans le passé. Ce qui a donné en français un passé simple « il quitta l’Asie… »…(P.175).

Nous pouvons aussi remarquer dans l’exemple :
[2] « ترك ماي وراءه » « taraka may waraaho) (p.151)

qui correspond cette fois ci à un imparfait6 « il laissait May derrière lui » ; il s’agit bel et bien d’un imparfait dont la valeur est purement narrative7.
[3] « …لفظت أولغا إسم المدينة عدة مرات» [ lafadhat Olga ism elmadina idat marat ] (p.111).
Dans cet exemple el-madhi correspond à un plus-que-parfait : « Olga avait prononcé plusieurs fois le nom de la ville » (p.129) : les actions sont présentées comme achevées.

Après cette illustration, nous affinerons, dans ce qui suit, nos observations en nous servexamiantt un corpus élargi déployant toutes les valeurs temporelles qui peuvent être exprimées en langue arabe par des faits purement morphologiques.

1.1. Passé simple / Madhi 

  1. [1]  في المرة الأولى التي وطئت فيها قدما لام باريس لم يتمكن [...] بمجرد أن حط بالمطار ،إصطحبه أعوان مديرية الأمن الإقليمي فى سيارة ذات نوافذ سوداء حجبت عنه منظر الطرقات و[...] (p.210)

[ Fi lmarati el-oula ellati watiàt fiha kadama lam baris lam yatamakan […]bi mojaradi an hata bilmatar ,istahabahou aàwanou modiriati lamni el-iklimi fi sayaratine data nawafidine sawdaà hadjabat ànhou mandharou touroukati wa […] 

« La première fois que Lam mit les pieds à Paris, il ne put voir la ville […] dès qu’il débarqua à l’aéroport, les policiers de la DST l’emmenèrent dans une voiture aux vitres fumées qui l’empêchèrent de voir les rues,[…] (p.239)

Dans cet exemple, حجبت،حط،وطئتces verbes, employés seuls, réussissent à exprimer un procès achevé : c’est la valeur absolue de l’accompli. ( el-madhi el Moutlaq).

  1. [2] عندما استيقظ علي فهم على التو ماحدث له ،قرّر ألاّ يعود إلى قسنطينة بل أن يذهب للبحث عن علي

مكرر،كان يعرف أنه لا توجد إلا طريقة واحدة لمغادرة عنابة. فركب باخرة باتجاه مارسيليا (P.17).

[ … indama istaykada ali fahima ataw ma hadata laho,karara ala yaoudou ila kassantina bal an yadhaba lilbahti an ali mokarar,kana yaàrifou anahou la toujadou illa tarikatan wahidatan limoradarati anaba .farakiba bakhiratan bitijahi marsilia …]

« Au réveil, Ali compris tout de suite ce qui venait de lui arriver. Il décida de ne pas revenir à Constantine mais de partir à la recherche d’Ali Bis. Il savait qu’il n’y avait qu’une façon de quitter Bône, et prit un bateau pour Marseille. » … (p.23)

Nous pouvons aussi constater que les verbes : ركب،قرّر،فهم (fahima,karara,rakiba) dans ce deuxième exemple servent à exprimer des actions bien déterminées dans le temps, ce qui a permis de marquer ,dans ce passage, des actions soudaines.

  1. [3]  »استلقى كل واحد منهم على مفرشته،وأطفأت لول حينذاك مصباح السقف،و غرق ثلاثتهمم فيي سبات العدم«  (p.43)

[ Istelka kolo wahidin minhom 3ala mifrachatihi ,waàtfaat lol hinadaka misbaha asakfi,wa raraka talatatouhom fi soubati l4adami. ]

« Ils s’étendirent chacun sur sa couchette, Lol éteignit alors le plafonnier et tous les trois s’enfoncèrent dans le sommeil en tant que néant. »…(p.52)

Dans cette séquence, on a affaire à une série de verbes conjugués à el-madhi exprimant des procès se succédant les uns aux autres, il s’agit bel et bien d’une expression de la successivité.

1.2. Plus-que-parfait /madhi 

  1. [1] « … ارتقينا الجبال و داخلنا إحساس،مرده بالتأكيد الخوف أو الذعر » (p.89)

[ irtakayna aljibala wa dakhilona ihsason,maradahou bitaakidi alkhawfou awi dou3rou ]

« Nous avions escaladé les montagnes avec l’impression due certainement à la peur ou à l’effarement… » (p.103.)

« …الحرب زحزحت الجبال زاحفة باتجاهنا » (P.93)

[ Alharbou zahzahat aldjibala zahifatan bitigahina ]

« La guerre avait déplacé les montagnes rampant vers nous… » (p.108.)

El-madhi dans ces deux exemples correspond à un plus- que- parfait, il sert à exprimer une action achevée envisagée dans sa durée.

Le temps impliqué 

« Le temps impliqué est celui que le verbe emporte avec soi, qui lui est inhérent, fait partie intégrante de sa substance et dont la notion est indissolublement liée à celle de verbe.il suffit de prononcer le nom d’un verbe comme « marcher » pour que s’éveille dans l’esprit, avec l’idée d’un procès, celle du temps destiné à en porter la réalisation. 8»

Par opposition au temps expliqué Guillaume évoque la notion du temps impliqué involuée dans la catégorie grammaticale de l'aspect. « Est de la nature de l’aspect toute différenciation qui a pour lieu le temps impliqué 9.» L’aspect, catégorie à la périphérie de la chronogenèse, est donc distinct du temps grammatical, nécessairement inscrit au coeur même de la chronogenèse au même tire que la personne. La différence entre les deux catégories est fondée sur la différence entre temps impliqué et temps expliqué, c’est-à-dire entre le temps à intérieur de l’événement qu’exprime le verbe (temps d’événement) et le temps qui lui est extérieur ( le temps d’univers).

Si nous nous appuyons sur ce que nous avons abordé précédemment à propos du temps immanent et du temps transcendant (figure 3), nous pouvons dire que face à l’autonomie qui caractérise le système verbal français grâce à l’attribution au temps expliqué des propriétés formelles soit du temps immanent soit du temps transcendant ; la langue arabe qui a une morphologie temporelle plus ténue dispose des formes immanentes de présent et d’imparfait mais se caractérise par l'absence de formes propres à l'expression sémiologique de la transcendance, le futur et l’aoriste. Pour suppléer cette absence, elle recourt à d’autres moyens tels que la dérivation, l’emploi des préverbes et d’auxiliaires.

Après avoir étudié les valeurs temporelles (du passé) qui existent dans notre corpus et qui sont exprimées par des faits de morphologie pure, nous présenteronsdans ce qui suit les équivalents des temps du passé en français (le passé simple, l’imparfait et le plus-que-parfait) et qui sont cette fois signifiés par des moyens syntaxiques, des moyens autres que ceux que permet le sysstème flexionnel.

2.1. L’emploi de « kana+inaccompli »

  1. [1]  »كان لام ينظرإلى المارة في الأزقة الضيقة القذرة لباريو تشينو وبداخله شعور بأنه يكتشف لأول مرة تلك البشرية الغريبة المؤلفة من صعاليك تعساء و مثيرين للشفقة،كان الحزن يعتصر أحشاؤه وكان كل صباح فريسة للغثيان،كان يحلم باستمرار بقسنطينة...«  (p.153)

[ kana lam yandoro ila almarati fi alaziqati aldaiqati alqadirati li Pariotchino wa bidakhilihi cho3oron bianaho yaktachifou liawali maratin tillka elbachariati almoualafati min sa3alikin tou3assa wa mouthirina lichafakati ,kana alhouznou ya3tasirou ahchaouhou wa kana kola sabahin farisatan lilratayan ,kana yahloumou bistimrar bikasantina. ]

« Lam regardait les passants dans les ruelles étroites,sordides et nauséabondes du Barrio Chino,avec l’impression qu’il découvrait pour la première fois cette drôle d’humanité constituée de voyous pitoyables et malheureux.le chagrin lui brouillait l’estomac et chaque matin il était en proie à la nausée .Il rêvait sans cesse de Constantine »…(p.177.)

Il s’agit d’un énoncé projeté dans le passé par le biais de « kana ». « kana », employé dans cet exemple comme « exposant temporel », a la valeur de l’imparfait du français. Il sert à noter une action non achevée : »ينظر،يعتصر،يحلم« correspondent successivement à "regardait", "brouillait", "rêvait".

  1. [2] »كان غالبا ما يبعث صور الفحول و الأفراس التي اشتراها و يعطي الكثير من التفاصيل المتعلقة بالحصان المشتري، ومكان الصفقة،و تاريخ الشراء،كان يكتب بالفرنسية...«  P.118

[ Kana raliban ma yab3atou souara ilfouhouli wa alafrasi alati ichtaraha wa you3ti alkatira mina tafasili almouta3alkati bilhissani almouchtara ,wa makanou ilssafkati,wa tarikhou alchiraii,kana yaktoubou bilfiransiati ]

« Il envoyait souvent les photographies des étalons et des pouliches qu’il achetait et donnait beaucoup de détails concernant le cheval acheté, le lieu de transaction et la date de l’acquisition. Il écrivait en français… »

Dans cet exemple, l’emploi de « kana », à valeur d’exposant temporel, sert à localiser l’inaccompli dans le passé ; cette localisation s’accompagne toujours soit d’une valeur durative, d’habituelle ou d'une valeur itératitive.

2.2. L’emploi de kana +accompli

Il s’agit plutôt du syntagme verbal « kana+qad fa3ala » 

  1. [3]  » كان قد قرّر أنه عندما تبلغ لول الخامسة و العشرين من عمرها فستمتطي صهوة انبهار2 (p.194)... « [ Kana qad karara anahou indama tablourou ilkhamisata wa ilichrina min omriha fasatamtatu sahoita inbihar2 ].

« Il avait décrété, quand Lol eut vingt-cinq ans,qu’elle montrerait Fascination II » (p.223)

«كان » employé avec la particule « قد»donne à l’accompli un sens de passé dans le passé, c’est une formule qui sert à traduire le plus-que-parfait du français.

2.3. L’emploi des particules

Nous allons dans ce qui suit montrer la fonction de quelques particules qu’on a repérées dans notre corpus :

La particule préverbale « قد » :

Devant un accompli sert à renforcer son sens passé comme dans :

  1. [4] « غادر ٱسيا وقد إستبد به حزن …» (p.151)

[gadara assia wa qad istabada bihi hoznon]

« Il quitta l’Asie envahi par un chagrin » p.175.

La particule préverbale «كي» :

Soit l’énoncé suivant :

  1. [5] ألم تكن لول تقوم عمدا بتعطيل التسع عشرة ساعة صقلية لسلفها القرصان،لكي تصلحها بنفسها مخادعة بذلك الضجر؟ ( P.92) …

« Lol faisait bien exprès de dérégler les dix-neuf horloges siciliennes de son corsaire d’ancêtre, pour les réparer elle-même et tromper ainsi l’ennui ? »…(p.107)

Afin de rendre compte del’infinitif, le traducteur a eu recours à une particule préverbale (كي), particule de l’accusatif qui ne s’accole qu’à l’inaccompli seulement.

Particules de négation

  1. [6]  »لم يجرؤ لام أبدا على التحدث في هذا الموضوع مع إيلا … (p.30).

« Lam n’avait jamais osé en parler à Ila »

  1. [7] لكنه لم يحاول قط أن يصادفهما أو يقابلهما لأن الأوامر كانت صارمة و لأن المقاومة م تكن قد أرسلته إلى هذه المدينة لدواع سياحية بل... (P.151).

« Mais il n’essaya jamais de les croiser ou de les rencontrer parce que les consignes étaient stricte et que la résistance ne l’envoyais pas dans cette ville pour des raisons touristiques mais pour… »… (p.175)

  1. [8] « لم يعط إيلا موافقته مطلقا رغم بعض الترددات، و تصرف كعادته، لا يقول لا أبدا و يترك الحياة تقرر لأمور متفاديا المشاكل كما فعل ذلك قبل عشرين عاما عندما اختفى علي و علي مكرر بغنيمة كبيرة دون أن يند عنه أي تعليق حول هذا الموضوع. ما عدا تلك الحيرة التي لم تغادر عينيه إلى آخر أيامه »

(P.154)

« …ne donna jamais son accord, se comportant comme à son habitude, ne disant jamais non, laissant faire la vie, esquivant les problèmes, comme il l’avait fait une vingtaine d’années plutôt, lorsque Ali et Ali Bis avaient disparu avec un très gros butin, sans qu’il fit le moindre commentaire à ce sujet. Avec seulement, dans les yeux, cette perplexité qui ne devait jamais plus les quitter ! » (p.178).

لم يجرؤ (lam yadjro’) : Verbe à l’apocopé, ayant les mêmes propriétés aspectuo-temporelles que la forme suffixée (accompli), prendra donc, dans ce contexte, une valeur de parfait translaté. C'est la raison pour laquelle, il traduit parfaitement le plus-que-parfait.

Cependant, pour les exemples [7] et [8], le choix des formules : لم يحاول , لم يعط [ lam youhawil, lam yo3ti ] pour traduire le passé simple (essaya, donna) nous semble contestable dans la mesure où la particule « لم » (lam) qui précède les verbes à l’apocopé sert à exprimer, à la négation, des faits à valeur aspectuelle durative, prolongée. Cette traduction risque de dévier le sens voulu par l’auteur, qui a employé le passé simple « il n’essaya, il ne donna » afin d’exprimer l’aspect limitatif qui indique que le procès est perçu globalement, dans sa totalité, qu’il a eu un commencement et une fin.

Tout en gardant les mêmes choix lexicaux que le traducteur, nous proposons les versions suivante qui pourront tenir compte du sens recherché par l’auteur : لكنه ما10 حاول قط أن يصادفهما أو يقابلهما لأن الأوامر كانت صارمة و لأن المقاومة م تكن قد أرسلته إلى هذه المدينة لدواع سياحية … [7]

  1. إيلا موافقته مطلقا رغم بعض الترددات، ما أعطى "

(lam takon qad arsalathou) : : لم تكن قد أرسلته

Un syntagme verbal qui correspond à un imparfait.

(lam takon) لم تكن : Opérateur kana à l’apocopé précédé de lam exprimant la négation.

(qad arsalathou ) قد أرسلته :la particule قد (qad) associé à un verbe à l’accompli.

  1. (douna an youndi) دون أن يند : Il s’agit d’une phrase exceptive verbale, composée de : دون ( douna) : nom-préposition.

أن يند (an youndi) : verbe à l’apocopé précédé de la particule أن (an).

(lam touradir) لم تغادر : verbe à l’apocopé ayant les mêmes propriétés aspectuo-temporelles que la forme suffixée (accompli), ce qui justifie le choix du traducteur qui voulait rendre la valeur de l’imparfait employé dans cet énoncé.

A l'issue de ce bref examen de cette diversité de formes, il apparaît cette flexion du « madhi » (la forme suffixée) et celle du « el- Moudharah » (la forme préfixée) ne peuvent signifier l’opposition du temps transcendant et du temps immanent. Le recours à l'aspect, en langue arabe pour les signfier est une chreode ou peu s'en faut.

Conclusion 

Le verbe arabe, se montre capable d’exprimer systématiquement les temps de l'immance (présent et l'imparfait) à travers une sémiologie propre, d’une part le présent et l’imparfait, temps de l'immanenceimpliquant le temps expliqué. Mais il n’arrive à exprimer le futur11 et l’aoriste (temps impliqué) que par des moyens syntaxiques. Le verbe arabe ne dispose pas en son sein propre d'un système flexionnel en mesure de constituer une sémiologie en mesure de signifier le temps qu'il implique.

Il nous faut, cependant nous garder de toute généralisation. Cette observation n'est valable que pour les temps du passé examinés dans le cadre de cet article où nous avons omis, pour des modalités de cohérence, les éléments extérieurs à notre champs d’investigation. Une telle opération, même si elle a pu valider notre hypothèse concernant les temps du passé, risque, si on n y prend pas garde, dans un mouvement de généralisation hâtive, de dévier notre vue d’ensemble sur le système verbal arabe. Au terme de nos observations, il apparaît que :

  • le futur et l’aoriste, expressions réservées aux temps transcendants ;

  • le présent et l’imparfait, expressions particularisées du temps immanent, sont les éléments schématiques radicaux du système verbo-temprel12.

L’exclusion des temps de futur et du présent du champs de notre observation, même si elle n'a fait que semer le doute dans notre esprit de chercheur, a pour but d’arriver à une systématisation significative de l’expression temporelle dans la langue arabe. Elle a permis de bien cerner les points de non-équilibre entre le temps expliqué et le temps impliqué.

Il ressort également que dans le système linguistique arabe, « temps » et « aspect » coexistent et en conséquence, la langue arabe est une langue aspecto_temporelle portée par

  • des faits purement morphologiques tels que l’emploi d’un système de flexion : la flexion de ( el-madhi et de el-hadher) pour exprimer les valeurs du Temps;

  • le recours, pour exprimer l’aspect, à des moyens autres qu’un système de flexion. L’expression de l’aspect, en langue arabe, est généralement signfiée d’une manière semi-lexicale, par des faits de vocabulaire, de dérivation, d’emploi de préverbes et d’auxiliaires.

1 Cette notion a été introduite par Gustave Guillaume : « Est de la nature du temps toute différenciation qui a pour lieu le temps expliqué » 

2 Par opposition au temps expliqué Guillaume évoque la notion du temps impliqué qui est en autre terme la notion d’aspect : « Est de la nature de l’aspect toute différenciation qui a pour lieu le temps impliqué »

GUILLAUME Gustave .1970.temps et verbes. Paris. Honoré Champion.

3 Editions ANEP ,2002.

4 Jean –Paule Confais. 2002. Temps Mode Aspect Les approches des morphèmes verbaux et leurs problèmes à l’exemple du français et de l’allemand.

5 Comme nous l’avons mentionné dans l’introduction, nous nous contenterons d’étudier, pour les deux langues en question, uniquement les temps du passé

6 C’est le seul exemple (imparfait /madhi) que nous avons pu trouver dans le corpus.

7 L’imparfait ici sert à prolonger la durée de l’action exprimée par le verbe, et l’immobilise en quelque sorte sous les yeux du lecteur .Roman naturaliste, cité par Ch. Muller, Pour une étude diachronique de l’imparfait narratif, dans Mélanges Grevisse, pp. pp. 253-269.

8 GUILLAUME Gustave.1970.Temps et Verbe.

9 Idem.

10 ما (ma) :particule exprimant la négation s’emploi devant l’accompli et plus rarement l’inaccompli. G.. Lecomte.Grammaire de l’arabe.1980

11 Nous avons traité uniquement les temps du passé.

12 Cette appellation a été empruntée à G.Guillaume.

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DOUAY, C., & Roulland, D. (1990). Les mots de Gustave Guillaume. Vocabulaire technique de la psychomécanique du langage (Presses universitaires de Rennes 2). Rennes.

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Zenati, J. (88). Systématique de la voix verbale en français et italien. Paul-Valéry (Montpellier III), Montpellier.

1 Cette notion a été introduite par Gustave Guillaume : « Est de la nature du temps toute différenciation qui a pour lieu le temps expliqué » 

2 Par opposition au temps expliqué Guillaume évoque la notion du temps impliqué qui est en autre terme la notion d’aspect : « Est de la nature de l’aspect toute différenciation qui a pour lieu le temps impliqué »

GUILLAUME Gustave .1970.temps et verbes. Paris. Honoré Champion.

3 Editions ANEP ,2002.

4 Jean –Paule Confais. 2002. Temps Mode Aspect Les approches des morphèmes verbaux et leurs problèmes à l’exemple du français et de l’allemand.

5 Comme nous l’avons mentionné dans l’introduction, nous nous contenterons d’étudier, pour les deux langues en question, uniquement les temps du passé.

6 C’est le seul exemple (imparfait /madhi) que nous avons pu trouver dans le corpus.

7 L’imparfait ici sert à prolonger la durée de l’action exprimée par le verbe, et l’immobilise en quelque sorte sous les yeux du lecteur .Roman naturaliste, cité par Ch. Muller, Pour une étude diachronique de l’imparfait narratif, dans Mélanges Grevisse, pp. pp. 253-269.

8 GUILLAUME Gustave.1970.Temps et Verbe.

9 Idem.

10 ما (ma) :particule exprimant la négation s’emploi devant l’accompli et plus rarement l’inaccompli. G.. Lecomte.Grammaire de l’arabe.1980

11 Nous avons traité uniquement les temps du passé.

12 Cette appellation a été empruntée à G.Guillaume.

Reguieg Hadjira

Université Alger 2

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